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lundi 18 janvier 2016

Pourquoi empêcher l'enfant d'apprendre à lire comme il a appris à parler ?

Célestin Freinet et ses élèves
par Julie Amadis
#IpEaVaEaFaF
Le 18/12/15





  L'ENFANT APPREND A PARLER SANS "LEÇONS DE LANGAGE"


Comment l'enfant apprend-il à parler ?


L'enfant apprend le langage en vivant avec d'autres êtres humains qui lui parlent et qui se parlent entre eux.
Il observe, expérimente en bougeant les lèvres et en émettant des sons, puis il devine peu à peu le sens des mots selon le contexte.
Il n'y a pas de "leçon" pour apprendre à parler.
Il n'existe pas non plus de personne titulaire d'un diplôme pour apprendre à parler aux enfants.
Et pourtant, tous les jeunes enfants, quel que soit le milieu dans lequel ils sont, savent s'exprimer oralement.


Pour apprendre à parler, l'enfant commence à emmagasiner tout un tas d'informations.
C'est la somme des connaissances, observations, découvertes intégrées  inconsciemment qui amène l'enfant à parler.
Maria Montessori insiste sur le caractère construit des nouvelles capacités des enfants alors que rien auparavant n'était apparu.

"Ces processus ne conduisent pas à une expression immédiate, ils sont emmagasinés dans l'attente du moment où le langage naîtra"
Les enfants à qui on parle normalement sans gagatiser sautent parfois des étapes et ne progressent pas selon un schéma qui va du simple au plus complexe.
Ainsi un ami me racontait "la première fois que son fils a parlé" :
"Onel a pati bateau"
Ce qui voulait dire "Lionel est parti voir les bateaux". Le petit garçon de 15 mois était plutôt en retard sur son âge. Il ne prononçait quasiment aucun mot intelligible.
Tout à coup, il énonça un phrase quasiment complète.  
Pour apprendre à parler, son fils n'était pas passé par les sons, les syllabes, les mots. Il avait tout de suite prononcé une phrase entière, dans l'ordre grammatical correct avec le sujet, le verbe et le complément.

Le bébé a accumulé en amont, expériences et observations ... pour que d'un seul coup, il soit capable de savoir aligner des sons, des syllabes, des mots, dans le bon ordre pour que ça ait un sens.

APPRENDRE A PARLER, APPRENDRE A LIRE : MÊME PROCESSUS

Maria Montessori

  CÉLESTIN FREINET ET LA MÉTHODE NATURELLE


Célestin Freinet comme Maria Montessori considéraient que la meilleure façon d'enseigner était de donner les outils aux enfants pour qu'ils acquièrent par eux-même le savoir.
Ces deux pédagogues ont confiance dans les capacités extraordinaires de l'enfant.
Célestin Freinet a d'ailleurs choisi de nommer sa méthode "la méthode naturelle". Il décrit sa façon d'enseigner à lire et à écrire aux enfants :
«Notre méthode naturelle d’écriture-lecture est essentiellement une méthode de vie»
Freinet s'offusque contre les méthodes de lecture et d'écriture qui consistent à ordonner à l'enfant de conscientiser la linguistique alors qu'il ne la pratique pas encore.
Celestin Freinet
« Les processus scolaires partent avec ostentation de l’intellect, de la théorie, de la science abstraite, vers la pratique plus ou moins ajustée au comportement. Démarche profondément anormale, naturelle et complexe, vers la différenciation, la comparaison, l'exploration et la loi. Ce rétablissement sera une des grandes victoires de notre pédagogie populaire »
Les enfants qui apprennent à lire avec la pédagogie Freinet ne lisent pas les mots - syllabe après syllabe - mais, d'un seul coup, ils se mettent à lire un mot entier puis une phrase.

Contrairement à ce que pensent beaucoup d'adultes, les enfants ne vont pas du plus simple au plus complexe pour apprendre.
Pour apprendre à parler comme pour apprendre à lire, il n'y a pas de gradation dans la difficulté au sens où les adultes l'entendent.
Célestin Freinet fait cette constatation concernant la lecture.
Les enseignants qui utilisent cette méthode (si l'on peut dire) font la même observation chez leurs élèves.
Un enseignant remplaçant dans une classe "Freinet" de CP explique que dès la rentrée les enfants avaient commencé - en 1980 - à apprendre à lire avec une phrase votée par eux :

"Le père de Vincent Hébert a acheté une maison"

Nombreuses sont les difficultés dans cette phrase. Et pourtant... La motivation à apprendre est telle quand on part d'une phrase choisie par les élèves - qui correspond à un moment de vie - que les difficultés sont vite surpassées par les enfants.
J'ai fait le même constat dans la première classe dans laquelle j'ai enseigné. C'était un CP. J'étais suppléante dans une école privée et donc j'étais forcée de travailler sur la méthode de la titulaire qui était une méthode syllabique. Face au blocage d'un certains nombres d'élèves qui n'entraient pas dans la lecture, et sur les conseils d'une institutrice Freinet à la retraite, Josette Hazard, j'ai transformé la première séquence de la journée - mise en place par la titulaire en outil de lecture.
Le "Quoi de neuf ?" du matin consistait pour les enfants en un petit exposé à partir d'un objet, d'un événement etc.....
Après chaque prestation de "Quoi de neuf ?", les propositions orales de phrases résumant ce qu'avait dit l'élève au tableau étaient inscrites. Parmi celles-ci, les enfants choisissaient leur préférée. Ils la recopiaient sur une feuille. Ensuite, ils découpaient les mots et les remettaient dans l'ordre pour faire une phrase....
Après ces premières séquences, les gamins les plus en difficulté en lecture avaient accès à l'un des deux ordinateurs de la classe, sur lequel ils recopiaient la phrase choisie. Ils l'imprimaient ensuite et pouvaient l'afficher où bon leur semblait.
Souvent ces enfants en difficulté dessinaient en dessous de la phrase, et les parents me racontaient qu'ils affichaient les phrases dans la chambre et s'amusaient à relire les phrases du "quoi de neuf". C'est de cette manière que des enfants hostiles à la lecture y ont pris goût et ont rapidement rattrapé leur retard.

Les enfants apprennent à lire comme ils apprennent à parler, par l'observation, l'expérimentation. Ce déclic provient de l'ensemble de leurs expérimentations, tâtonnements, comparaisons... conscientes et inconscientes.
Comme le bébé décrit par Maria Montessori, l'enfant lecteur débutant, a emmagasiné un grand nombre de mots, de graphies dans des contextes multiples (les noms des magasins, des produits alimentaires, les titres de livres,,les panneaux d' informations routières...) et .... un jour... cet enfant se met à lire...

Forcer l'enfant à apprendre selon la propre logique d'un adulte borné, qui imagine, qu'il faut à tout prix pour réussir, que l'enfant passe des sons simples aux sons complexes, puis des syllabes simples aux plus complexes, sans jamais donner de sens à l'activité de lire, a des conséquences désastreuses pour les enfants.

APPRENDRE A PARLER PAR LE SYLLABIQUE ?


Célestin Freinet dénonce le forçage de l'adulte à faire entrer l'enfant dans sa logique de progression de l'apprentissage.
"Si des professeurs devaient apprendre à parler à des enfants, ils le feraient selon les principes que nous connaissons, qu'ils supposent logiques, en partant des sons simples et du b a ba traditionnel, par un escalier méthodique inéluctable. Or, dans la pratique, nous constatons, par la méthode naturelle, que les enfants progressent selon les principes différents à base de vie, et qu'ils ne craignent pas de s'attaquer aux vocables les plus difficiles s'ils s'intègrent dans la construction active de leur comportement effectif. Ils ne partent pas nécessairement de l'élément simple, mais abordent au contraire d'emblée le complexe vivant du mot et de la phrase." p 234 Œuvres pédagogiques Tome 2, 1994
La progression organisée par le professeur pour permettre à l'enfant d'acquérir une notion, une capacité, une nouvelle connaissance ne prend pas en considération le processus psychique interne à l'enfant, ses propres expérimentations...
Les programmes scolaires indiquent les compétences à acquérir par cycle. Tous les inspecteurs exigent des enseignants la rédaction de programmations et progressions pour chaque discipline. On enseigne aux élèves telle ou telle nouvelle notion à telle date selon une progression définie à l'avance puis l'enseignant passe à autre chose.
L'enfant est considéré comme un vase que l'on remplit en le gavant de connaissances décontextualisées.
Les réactions des enfants, leurs propres découvertes et expérimentations n'ont pas de place ou très peu dans ce fonctionnement pédagogique institutionnel.
Pourtant, il n'y a pas de gradation dans l'apprentissage au sens où la plupart des adultes l'entendent. L'évolution dans les acquisitions enfantines est propre au cheminement expérimental de l'enfant.

RALENTIR SON ÉVOLUTION DE FAÇON IRRÉMÉDIABLE


Les enfants sont probablement retardés dans leurs activités intellectuelles inconscientes quand une autorité scolaire les force à dévier leur propre processus pour apprendre à lire. On déconstruit probablement tout ce que leur psychisme a élaboré en les forçant à apprendre à lire avec des syllabes. Celestin Freinet dénonce ces pratiques enseignantes utilisées dans la quasi totalité des écoles.
"Si au moment où l'enfant est en plein tâtonnement expérimental pour acquérir la maîtrise du langage, on arrêtait systématiquement et d'une façon autoritaire son effort complexe pour lui enseigner la prononciation et la lecture de mots extérieurs à sa personnalité et à sa pensée, il se produirait comme un désarroi et un déséquilibre qui ralentiraient certainement son évolution, peut être même d'une façon irrémédiable"
Maria Montessori fait un constat similaire à celui de Ceslestin Freinet :
"En réalité l'enfant porte en soit dès l'origine la clef de son énigmatique existence individuelle. Il dispose d'un plan de structuration inné de son âme et de lignes directrices programmées pour son développement. Tout cela est d'abord extrêmement frêle et sensible et l'intervention intempestive de l'adulte, avec sa volonté et ses idées exagérées de la perfection de son autorité propre, peut anéantir ce plan ou en compromettre sa réalisation." (Maria Montessori, propos repris par Jean Houssaye, dans Quinze pédagogues, p 402) 

LES ENFANTS APPRENNENT DE MANIÈRE INCONSCIENTE
"L'ESPRIT ABSORBANT" de Maria Montessori

Pour Maria Montessori, si les enfants apprennent si rapidement et par bloc, c'est que cet apprentissage n'est pas conscient, 

L'enfant accumule tout un tas de données, observations, connaissances, liens logiques entre les savoirs sans s'en rendre compte.
"Incontestablement, ces processus complexes ne suivent pas les processus de
fonctionnement qui seront établis chez l'adulte : l'enfant n'apprend pas à parler comme nous apprenons une langue étrangère, grâce à l'effort conscient et volontaire des facultés mentales."
 Elle compare le processus d'apprentissage de l'enfant à l'embryon qui se transforme en bébé sans que l'on puisse apercevoir vraiment ce qui a contribué à cette évolution.
"Pourtant, il crée une construction stable, exacte, étonnante, analogue à la construction embryonnaire des organes dans l'organisme en gestation. Il existe donc chez le tout petit un état mental inconscient, créatif, que nous avons appelé "l'esprit absorbant""
Ce qui se passe dans le cerveau de l'enfant avant qu'il ne fasse une phrase n'est pas visible.  Nous ne percevons que le résultat d'un processus inconscient.
Ce mécanisme psychique dont l'enfant n'a pas conscience est efficace. Le bébé met peu de temps pour apprendre à parler au vue de la complexité de la langue.
"Ce ne sont là que des suppositions, mais il n'en demeure pas moins que des développements internes dirigés par des énergies créatives interviennent et que ces développements peuvent arriver à maturité avant de se manifester à l'extérieur. Et dès qu'ils se manifestent, ils se révèlent être des caractères construits pour faire partie de l'individualité." (Maria Montessori)

Si, pour apprendre une langue étrangère, tous les spécialistes s'accordent à dire qu'il est préférable de baigner dans la langue en vivant dans le pays plutôt que de prendre des cours tous les jours à l'université, c'est que l'apprentissage inconscient est plus efficace que l'apprentissage conscient.
"De ce fait, il doit pouvoir exister dans l'inconscient un mode de fonctionnement psychique différent de celui de l'esprit conscient". (Maria Montessori la formation de 'l'homme, éditions Desclée de Brouwer, 2005)

 VIVRE C'EST APPRENDRE :
LES ENFANTS N'ATTENDENT PAS QUE L'ON LEUR ENSEIGNE
 LES CHOSES POUR LES APPRENDRE

Il faut faire confiance dans les capacités naturelles d'apprentissage des enfants et ne surtout pas intervenir dans le processus psychique qui les amène à acquérir de nouvelles connaissances et capacités. L'enseignant accompagne l'enfant dans le processus d'apprentissage. Il ne doit pas intervenir de manière autoritaire en le déviant de son propre mécanisme.
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Apprendre, c'est vivre. C'est un processus naturel. Et les enfants n'attendent pas que l'on leur enseigne quelque chose pour apprendre.
John Holt décrit le fonctionnement des enfants :
"Quand ils ne sont pas en train de manger ou de dormir (et encore !), ils créent du savoir. Ils observent, pensent, spéculent, théorisent, testent et expérimentent - en permanence - et ils sont bien meilleurs que nous, adultes, à ces tâches" (Les apprentissages autonomes)
Cette thèse est une des principales du postmarxisme : les enfants sont spontanément des Innovants, des Découvreurs, des Inventeurs, des Créateurs artistiques.
L'enfant apprend chaque heure chaque minute chaque seconde de sa vie. Il n'a bien sûr pas conscience, la plupart du temps, qu'il est en train d'apprendre des choses.
Comme cet apprentissage est efficace, bien que nous ne connaissons pas tout le cheminement de ce processus, il est important de laisser l'enfant découvrir le monde sans pour autant intervenir de façon autoritaire.
John Holt considère que forcer les enfants à avoir conscience de ce qu'ils apprennent est une erreur :
"L'une des grandes erreurs que nous connaissons avec les enfants est de les rendre conscients de leurs apprentissages" (les apprentissages autonomes, p 25)
Pourtant "rendre conscient les enfants de leurs apprentissages" est le nouveau dogme pédagogique du 21° siècle en France. 

LES TENANTS DE LA PÉDAGOGIE TRADITIONNELLE IMPOSENT
A L'ENFANT DE CONSCIENTISER QU'IL APPREND

Les pédagogies dites "traditionnelles" insiste sur le travail de conscience que doit réaliser l'apprenant pour acquérir de nouvelles notions. Elles insistent très souvent sur la métacognition.
La "métacognition" c'est-à-dire - la "Connaissance personnelle d'un individu sur ses capacités et ses fonctionnements cognitifs."- est le maître mot de l'enseignement transmis aux enseignants en formation. Nombreux sont les sujets de concours qui tournent autours de cette thématique, les conseillers pédagogiques et PEMF (formateur pour enseignant débutant) insistent pour que les élèves puissent avoir une "conscience" du processus d'"apprentissage".
Pourtant, les enfants apprennent à parler sans qu'on le leur enseigne et sans avoir conscience de comment ils ont fait pour "réussir" à parler.
Les pédagogies nouvelles comme celles de Montessori, de Freinet, de Decroly, de Frohel ... mettent en avant la dynamique naturelle d'apprentissage de l'enfant qui est bien souvent inconsciente.
Diane Huot et Richard Schmidt exposent cette dichotomie pédagogique concernant l'apprentissage d'une langue étrangère :
"De cet ensemble de propositions se dégagent deux grandes orientations, à savoir un enseignement de type scolaire et un enseignement de type naturel. L’enseignement scolaire favorise un mode d’appropriation dans la classe par des réflexions, des explications et des raisonnements à propos de la L2. L’enseignement de type naturel favorise une approche en classe simulant le plus possible les conditions d’appropriation en milieu naturel. La première orientation, dite aussi traditionnelle, s’appuie sur l’étude réflexive de la langue. Il s’agit alors d’un enseignement, décontextualisé, axé davantage sur la forme des éléments de la L2. La seconde orientation s’appuie sur la communication et l’interaction, comme c’est le cas dans l’approche communicative où l’enseignement, mis en contexte et motivant, est principalement axé sur le sens du message. " Conscience et activité métalinguistique. Quelques points de rencontre, 1996
Célestin Freinet répond à ceux qui s'opposent à sa "méthode de lecture" :
"On nous objecte souvent que ce qui est vrai pour le langage ne l'est pas forcément pour les autres disciplines. Mais pourquoi un processus qui réussit à 100% pour une des acquisitions les plus délicates ne serait-il pas valable pour les autres conquêtes ?" (Oeuvres pédagogiques 2. Celestin Freinet p 422)

7% DE BEBES INCAPABLES DE MARCHER ?

Si nous apprenions aux enfants à marcher comme nous leur apprenons à lire, 7 % des bébés ne sauraient jamais marcher et 11 % marcheraient avec de graves dysfonctionnements. Seul une minorité serait capable de courir.
Ces pourcentages factices pourraient être réels !
En effet, en France, 7 % des adultes de 18 à 65 ans ayant été scolarisés en France sont illettrés soit 2,5 millions de personnes, 11% éprouvent des difficultés graves ou fortes dans les domaines fondamentaux de l'écrit. (INSEE, 2011).
Si on observait et on respectait vraiment les enfants, on ferait confiance en leurs capacités exceptionnelles à apprendre. Ainsi, on trouverait les moyens efficaces de les accompagner dans leur cheminement intellectuel pour apprendre.
 Au lieu de cela, en dictateurs autoritaires, arrogants et condescendants, nous leur imposons nos procédés d'apprentissage d'adultes" Répétants.

De cette manière, non seulement nous cassons la confiance qu'ils ont de leurs propres capacités à apprendre mais de surcroit nous les freinons dans leur cheminement vers la compréhension du monde.
La formidable force de vie que possèdent les enfants les amène à  apprendre malgré ces interventions autoritaires d'adultes.
Cependant, les plus fragiles, qui ont vécu des expériences traumatisantes perdent confiance en leurs propres capacités et s'éloignent volontairement de l'apprentissage pour se "protéger".
Il est urgent de faire une révolution pédagogique.


mardi 31 mars 2015

L'éducation en France : Acquérir de nouvelles connaissances ou apprendre à obéir ?

Les enfants à l'arrêt du bus lisaient
les minutes d'attente
correspondants à chaque bus
Par Julie Amadis
#IpEaVaEaFaF
le 28/03/2015

"Le 2, c'est 3 minutes" disait la petite fille de 6 ans
"Mais bon sang, vous allez vous taire !" dit la mère






Je regardais deux enfants jouer à un arrêt de bus la semaine dernière au Havre. Leur jeu consistait à lire les minutes d'attente des bus sur le panneau d'affichage.
"Le 2, c'est 3 minutes" disait la petite fille de 6 ans

Son petit frère répétait en regardant lui aussi le panneau.
"3 minutes".
Et cela continuait à chaque fois qu'un autre bus s'affichait sur le panneau.
Ils avaient l'air fort heureux de ce petit jeu.
La petite fille - qui était sans doute élève de Cours Préparatoire - était en train de faire la liaison entre la notion de" minutes" et le laps de temps correspondant pour attendre le bus...

Cette notion est travaillée en classe de CE2 (programmes 2012 Eduscol). Et, deux ans avant que l'école ne le lui apprenne, cette petite fille appréhendait d'elle-même la notion  de "minute".

1° LES ENFANTS AIMENT APPRENDRE

Le petit frère, en répétant ce que disait sa grande sœur, faisait la liaison entre l'écriture affichée et le vocabulaire correspondant "minute".

Les enfants aiment apprendre. Ils cherchent toujours à comprendre de nouvelles choses, même seuls, sans adulte pour le leur expliquer...

"BON SANG, VOUS ALLEZ VOUS TAIRE"

 Mais, tout à coup, la mère interrompit leur jeu !
"Mais bon sang, vous allez vous taire !"
Les adultes, pour beaucoup, ne comprennent pas, qu'un enfant puisse apprendre sans cadre institutionnel.L'enthousiasme de l'enfant qui apprend gêne les adultes trop abîmés par la société. Ceux-ci ne peuvent plus comprendre cet état d'esprit qu'ont les enfants et que devraient avoir tous les êtres humains !

APPRENDRE ENTRE ENFANTS SANS CADRE,
SANS ADULTE, C'EST "NE PAS ÊTRE SAGE"...

Malgré les réprimandes de leur mère, la fille et le garçon n'interrompent pas leur "jeu".
Les enfants, trop heureux d'apprendre, continuent de plus belle, à lire les minutes...

Alors, la mère, usant de violence, empoigne la petite par le manteau.
"Mais tu ne peux pas être sage, deux secondes"

"JE VAIS ARRÊTER DE ME DÉMENER COMME ÇA POUR VOUS"

Et juste avant que toute la famille ne monte dans le bus, la mère dit à ses enfant.

"Comme vous n'êtes jamais sages, je vais arrêter de me démener comme ça pour vous"
Apprendre entre enfants, sans cadre, sans adulte c'est "ne pas être sage" pour cette mère de famille.

 APPRENDRE C'EST UNE CONTRAINTE, UN DEVOIR
DONC CELA NE DOIT PAS ÊTRE AMUSANT

Si je vous rapporte cette anecdote, c'est qu'elle est symptomatique de l'état d'esprit en France concernant l'apprentissage.
Apprendre, pour les gens, c'est l'école, les devoirs, les cours de danse, de musique etc... On ne peut apprendre que dans des structures institutionnelles... Et sous la contrainte...

LES PARENTS SONT INQUIETS SI LEUR ENFANT
N'A PAS DE DEVOIR DU SOIR


Les parents, en règle générale donne beaucoup d'importance aux devoirs du soir. Mais ils ignorent que ces devoirs du soir sont totalement interdits à l'école primaire depuis..59 ans ! Ils sont proscrits depuis 1956 !
La circulaire du 29 décembre 1956 a édicté « la suppression des devoirs à la maison ou en étude », avec les attendus suivants: « Six heures de classe bien employées constituent un maximum au-delà duquel un supplément de travail ne peut qu’apporter une fatigue préjudiciable à la santé physique et à l’équilibre nerveux des enfants. Enfin,le travail écrit, fait hors de la classe, hors de la présence du maître et dans des conditions matérielles et psychologiques souvent mauvaises, ne présente qu’un intérêt éducatif limité. En conséquence, aucun devoir écrit ne sera demandé aux élèves hors de la classe. Cette prescription a un caractère impératif »." (FCPE)
A la réunion de parents d'élèves de ma classe, en début d'année, (avant que l'administration ne m'exclut 2 ans pour avoir dénoncé des violences à enfants) quand je leur disais qu'il était préférable qu'ils passent du temps avec leurs enfants à jouer à des jeux de société, à lire des histoires, certains parents réagissaient mal :
"Oui, mais bon, mes autres enfants ils ont des devoirs, alors ses frères et sœurs ne vont pas comprendre qu'elle n'ait pas de travail"
D'autres semblaient inquiets... Peut être, pensaient-ils que j'étais une enseignante fumiste parce que leur enfant n'aurait pas deux pages de Bled à remplir chaque soir...
Il est vrai que cette même parent - comme les autres - finira, à la fin de l'année par comprendre que son enfant puisse apprendre autant en jouant à un jeu de société qu'en faisait un exercice de mathématique ! Elle était même
"très contente que sa fille ait pu progresser avec vous"



Quand on leur explique les règles officielles et que leurs enfants progressent avec des méthodes ludiques, tous les parents modifient leur point de vue initial. Nous ne pouvons donc pas en vouloir à ses parents de réagir ainsi.
S'ils donnent autant d'importance aux devoirs et à la contrainte dans l'apprentissage d'une manière générale, c'est que c'est le message qui est véhiculé par les médias, les institutions....
La principale fédération de parents d'élèves FCPE ne mènent sans doute pas suffisamment campagne contre ces devoirs - ni d'ailleurs contre les violences commises par les enseignants violents
 La position de la FCPE, maintes fois réaffirmée, et notamment dans son projet éducatif, est que « c’est en classe que doivent se faire les apprentissages et non à travers des devoirs qui relèvent souvent d’une délégation donnée aux familles, ce qui renvoie l’échec d’un élève à sa responsabilité individuelle et familiale, renforçant ainsi les inégalités culturelles et sociales. La FCPE s’oppose clairement aux devoirs à la maison et refuse la sous-traitance pédagogique aux familles. (FCPE)

2° APPRENDRE, SYNONYME DE CONTRAINTES


La mère des deux enfants de l'arrêt de bus ne dirait jamais à ses enfants "vous n'êtes pas sages" pendant qu'ils veulent faire leurs devoirs.
Et si, ces mêmes enfants, qui apprennent à comprendre les minutes dans la joie et l'amusement  à l’arrêt de bus, refusaient de "faire leurs devoirs", ils seraient durement sanctionnés ! Parce que attention les devoirs c'est une affaire sérieuse.

On ne peut pas apprendre en jouant. C'est le message véhiculé en France. Apprendre c'est quelque chose d' ennuyeux, de contraignant, de fatiguant.

Alors que les études scientifiques montrent que le jeu est efficace pour apprendre, on continue de transmettre des connaissances en usant et abusant de choses désagréables, de notes, de diplômes, de devoirs, de pages d'exercices ennuyeux, de cours à apprendre par cœur.

Les deux enfants de l’arrêt de bus apprenaient naturellement par le jeu.
"Selon une étude menée en 2009 pour le ministère de l'Éducation anglais2, la méthode clé qu'utilisent les jeunes enfants pour apprendre est le jeu"

Celui-ci contient en lui-même de nombreux facteurs qui permettent l'apprentissage :
  • Être en relation avec d'autres personnes, enfants et adultes, permet à l'enfant d'approfondir une sécurité émotionnelle et des aptitudes sociales et ainsi de se sentir supporté dans l'exploration d'idées et motivé pour continuer son apprentissage.
  • Être actif, pour apprendre et comprendre ses expériences, le jeune enfant est en mouvement constant. Une inactivité prolongée peut être le signe de trouble chez l'enfant.
  • Explorer de nouvelles choses et expériences, la curiosité profonde de l'enfant l'amène à utiliser tous ses sens pour explorer des activités de ses propres mains et ainsi lui permet de rassembler les informations dans son esprit pour structurer sa pensée et donner du sens au monde.
  • Se parler à soi-même, l'enfant structure sa pensée par un dialogue intérieur (ou extérieur) qui règle et clarifie la pensée, il le fait en jouant des rôles et répétant ses compétences.
  • Communiquer avec ceux qui réagissent à leurs idées et à ce qu'ils font, même avant qu'ils aient des mots pour parler, les enfants ont le désir de partager leurs idées par des sons, des gestes et le langage du corps. Parler aide les enfants à comprendre ce dont ils font l'expérience. Il est important pour eux qu'ils puissent exprimer leurs propres idées et de pouvoir discuter avec d'autres pour entendre de nouvelles idées, étendre leur pensée et utiliser le langage pour apprendre.
  • Représenter et reproduire leurs idées et expériences, Les enfants approfondissent leur compréhension à mesure qu'ils recréent leur expérience ou communiquent de manière différente leur pensée, dans des jeux de rôle ou des petits mondes où ils peuvent jouer avec des images, du mouvement, des modèles (marionnettes, poupées..) et des paroles.
  • Faire face à des défis physiques et mentaux, faire des essais, échouer, rencontrer des difficultés, persévérer, résoudre un problème, chercher par lui-même et faire une découverte est le moyen pour l'enfant de développer une véritable compréhension. Ces défis réalisés par le jeu préparent l'enfant aux situations de défis de la vie quotidienne.
  • S'informer sur comment faire quelque chose, les enfants apprennent de nouvelles compétences en observant les autres les mettre en pratique, ses pairs et les adultes qui lui montrent comment faire une chose lui sont précieux.
  • Pratiquer, répéter et mettre en application leurs compétences, les compétences que l'enfant souhaite maîtriser, les répète et les met en pratique tant qu'il trouve ces compétences agréables.
  • S'amuser, il n'y a pas de place pour l'ennui et les activités répétitives, le rire, le plaisir et la joie, parfois fantaisiste et sans signification aux yeux de l'adulte, est la meilleure condition pour favoriser l'apprentissage. Avec l'état d'esprit de jeu, l'enfant peut entreprendre toutes sortes d'activités qui ne sont parfois pas considérées comme du jeu." wikipédia

POURQUOI EN FRANCE CONTINUE-T-ON À ENSEIGNER
AUX ENFANTS DE MANIÈRE ENNUYEUSE ET SANS JOIE  ?


Alors pourquoi continue t-on en France à enseigner de manière ennuyeuse, sans joie et en niant complètement la méthode d'apprentissage naturelle utilisée par les enfants, le jeu ?

LES DIPLÔMÉS (LA FORMOISIE) FAVORISENT
L'APPRENTISSAGE ENNUYEUX


Bien travailler à l'école permet d'avoir de bonnes notes.
Avoir de bonnes notes permet de passer des diplômes et de les réussir.
Obtenir des diplômes permet d'avoir du travail et d'être mieux payé que ceux qui n'en n'ont pas.

Tout s'explique ou presque par ces quelques phrases.

POUR JUSTIFIER LES DIFFÉRENCES DE REVENUS,
IL FAUT DÉVELOPPER L’IDÉOLOGIE DU MÉRITE ET DE L'EFFORT


Il y a une sélection sociale qui engendre les inégalités. Donc, pour justifier que certains aient des revenus supérieurs à d'autres, il est important de développer l'idéologie du mérite, de l'effort ....
Parce que pour que les dominés acceptent leur sort, il faut bien un prétexte les amenant à se mentir et à ne pas se révolter.... Alors ils se disent :
"C'est de ma faute, j'ai fait le con à l'école"

Les diplômés aux revenus supérieurs au PIB moyen mondial sont une classe sociale la formoisie. Ils veulent que leurs enfants "réussissent" comme eux. C'est la reproduction de classe formoise.
Alors, eux qui connaissent les trucages, les normes scolaires etc... ne veulent pas que les classes dominées qui ne connaissent pas les trucages "réussissent"...
Un texte de 1993 démasquait cette classe sociale et ses méthodes.
"d) UNE NOUVELLE CLASSE EXPLOITEUSE : LA FORMOISIE
Passant outre cette erreur de Marx, j'avais donc produit, en 1993, le concept de « plus-value formation », la partie additionnelle à la production que la formation de certains travailleurs allait ajouter à leur production habituelle.
Il en découla la mise en lumière d'une lutte pour l'appropriation de cette production supplémentaire.
Une lutte opposant les travailleurs formés, les capitalistes et les travailleurs non formés. Cela induisit la création du concept de « bourgeoisie de la formation » ou « formoisie » qui devint le néologisme « Formoisie ». (Yanick Toutain revactu)"

C'est cette classe sociale, la formoisie, qui est à l'origine de l'idéologie de l'apprentissage dans la contrainte et qui est opposée à l'apprentissage par le jeu...

Comme les diplômés font parties des dominants au sens donné au mot par Henri Laborit, ils ont les médias et les "spécialistes pédagogiques" avec eux....

Danièle Sallenave, interviewée par Marianne sur sa vision de l'apprentissage, déclare :
"Apprendre est un combat que chaque enfant mène parfois contre lui-même : il faut valoriser ce combat, et lui faire sentir que chaque victoire est une source de joie." (Marianne, article Crise de repère et échec du système)
Cette vision de l'apprentissage est formoise. Comme l'apprentissage est un combat, celui qui est vainqueur de ce combat aurait donc des raisons de recevoir un salaire plus gros que son voisin...

Or, les postmarxistes savent que apprendre c'est tous les jours, c'est chaque minute de la vie. L'enfant apprend sans cesse, il observe, imite, répète, invente. Il ne combat pas.

Comme la bourgeoisie décrite par Max Weber dans "Ethique protestante et esprit du capitalisme", la formoisie a une vision anxiogène de la vie mais surtout de l'apprentissage...
Et cela, pour préserver ses avantages de classe.

Cela a pour conséquence que les parents des milieux défavorisés ne sachant pas trop comment faire pour que ses enfants "réussissent" écoutent ces gens là. A ses yeux, ils sont bien informés, alors qu'en fait, ils transmettent un apprentissage favorable aux classes dominantes.

3° LA LUTTE DE STRATE : LA STRATE DES RÉPÉTANTS
A LE LEADERSHIP EN FRANCE.
ILS SONT ATTACHÉS A L’ÉDUCATION TRADITIONNELLE

A la lutte de classe s'ajoute une lutte de strate entre les Répétants et les Innovants.
Et à l'école du 21° siècle en France ce sont les Répétants qui ont gagné.
"Depuis le Paléolithique, la strate* des Innovants est spoliée par la strate des travailleurs répétants et la strate des parasites. Les premiers ont fait
1° les découvertes (scientifiques : physique, arithmétique (les nombres), biologie animale, géographie, la connaissance du caractère nécessairement quantique de la science (Puthagoras-Pythoagore), la connaissance de la révolution terrestre (Philolaos), la connaissance des atomOs et du vide,(Democritos, Epicuros, Titus Lucretius), la connaissance des lois de la gravitation (Galileo Galilei), les lois philosophiques (Engels) les lois gnoséologiques (Lénine) , la connaissance des lois
principales de la lumière (Newton, etc..).),
2° les inventions (principalement technologiques, le langage, les lettres, les chiffres, les systèmes de numération, les techniques de chasse et de pêche, l'agriculture, les techniques de poterie etc etc, les gammes principales (basées sur la multiplication par 2 puissance (X/12)), (Puthagoras)
Le moteur Google, les tableurs, les logiciels de rédaction, Facebook etc appartiennent à ce groupe.
3° Les créations artistiques : depuis les fresques de Lascaux jusqu'aux chansons et aux harmonies vocales de Crosby Stills Nash and Young)"
(
samedi 29 janvier 2011 Une brève histoire de l'Humanité. Lutte des strates, innovants, révolution de civilisation, droits d'auteurs ancestraux, investissement démocratique et salaire unique mondial Yanick Toutain revactu)
La strate des Répétants produit en répétant le monde tel qu'il existe sans rien apporter pour le modifier.
La strate des Parasites vit sur le dos des deux précédentes strates sans rien produire.

4° LES ENFANTS, MEMBRES DE LA STRATE DES INNOVANTS

Il y a une lutte entre ces trois strates.
Et l'humanité a principalement évolué grâce à la strate des Innovants. Si aucune invention et découverte n'avait été faite, nous serions toujours à l'âge de pierre.
Les enfants appartiennent tous à la strate des Innovants et ils sont usés par les adultes répétants et parasites qui les transforment en Répétant ou Parasite.
"Cela vient donc se surajouter à une autre découverte assez récente : le fait que tous les enfants sont membres de la strate des Innovants, eux-aussi. Le fait que c'est la pression conjointe des Parasites, des Répétants (et des Innovants corrompus : les fascistes HADOPI par exemple) qui les force à quitter la strate des Innovants pour glisser vers celle des Répétants." (Revactu)

Ce que l'on observe au niveau des débats sur l'apprentissage, c'est une lutte entre la strate des Répétants et des Innovants.
Victimes des Répétants, dans les écoles, les enfants répètent inlassablement les mêmes exercices d'entraînement jusqu'à ce que "la notion soit acquise".
Pire : on fait redoubler les enfants en prétendant qu'en refaisant la même année on va mieux réussir ( le redoublement est remis en cause actuellement par les institutions sous la pression des études statistiques mais les partisans du redoublement sont souvent majoritaires dans les écoles).

DÉTRUIRE LES ENFANTS, DÉTRUIRE LES INNOVANTS

Comme le souligne Henri Laborit, on apprend avant tout la servitude aux enfants.
"Mieux vaut alors fournir à l'enfant une "bonne" éducation, capable avant tout de lui permettre de trouver un "débouché" professionnel honorable. On lui apprend à "servir" autrement dit on lui apprend la servitude à l'égard des structures hiérarchiques de dominance" p 72 Éloge de la fuite
Les pédagogies dites traditionnelles apprennent avant tout à obéir et à servir la classe dominante. Roger Establet, en s'appuyant sur les résultats du rapport PISA, montre que la France est championne des inégalités sociales.

"D’abord, la France possède le record des inégalités sociales. C’est dans notre
Roger Establet,
auteur de L'élitisme républicain
pays que l’écart de points entre les élèves dont le statut économique social et culturel des parents est élevé et ceux dont le statut économique social et culturel est faible reste le plus élevé. En culture scientifique, il est de 122 en France alors qu’il n’est que de 63 en Finlande, 68 au Canada et 87 en Espagne. En compréhension de l’écrit et en mathématiques, nous sommes avant derniers, ce qui n’est pas plus glorieux. Cela montre qu’il y a des pays qui parviennent à limiter les inégalités, mais que ce n’est pas le cas de la France. On voit aussi que les systèmes qui atténuent les inégalités possèdent une efficacité globale plus forte. Les pays de l’OCDE qui limitent les effets de l’héritage social et culturel sont caractérisés par un meilleur niveau scolaire. Les systèmes scolaires les moins inégalitaires socialement sont aussi les plus efficaces. " (Interview de Roger Establet par le magazine l'Etudiant, Roger Establet développe cette théorie dans son livre, L'élitisme Républicain)
En France la pédagogie est répétante pour être adapté aux enfants des diplômés.

Ces enfants, les enfants de la haute formoisie sont aussi des victimes. Cette pédagogie archaïque leur désapprend à créer et innover.
Il n'y a qu'à comparer les dessins d'enfants de maternelle et de CM2... On voit le résultat de nombreuses années de déni de la créativité !
Ce n'est donc pas seulement une lutte contre la pédagogie amusante, ce n'est pas seulement un combat mené contre les deux petits enfants de l'arrêt de bus par une mère conforme à l'idéologie formoise, mais c'est aussi une destruction des Humains en tant qu'Innovants dont sont victimes les enfants.
En conséquence, tant que les Innovants n'auront pas le leadership, on continuera à abîmer les enfants, à casser leur capacité d'Innovants en leur apprenant à obéir.

dimanche 25 mai 2014

"La haute éducation, la seule qui méritait un peu ce nom, était réservée aux prêtres, aux architectes, aux médecins et enfin aux scribes dont nous avons dit l'importance sociale" de Roger Gal p 18

"La haute éducation, la seule qui méritait un peu ce nom, était réservée aux prêtres, aux architectes, aux médecins et enfin aux scribes dont nous avons dit l'importance sociale"




« Dans un ordre social aussi rigide, l'éducation ne pouvait être que de deux types : elle était essentiellement pratique et professionnelle, familiale ou corporative, pour les gens du peuple et elle se bornait dans ce cas à conduire à un métier. La haute éducation, la seule qui méritait un peu ce nom, était réservée aux prêtres, aux architectes, aux médecins et enfin aux scribes dont nous avons dit l'importance sociale. Elle était toute entre les mains des prêtres, détenteurs de la science profane du temps comme des idées religieuses. Elle portait sur la religion, les lois et les connaissances d'astronomie, de mathématiques, de mécanique ou de médecine que l'on pouvait considérer comme acquises et utiles à transmettre à cette époque. Ce lien étroit de la science et de la religion, ce privilège de la culture, dureront jusqu'à l'époque moderne.
On verra le bénéfice de l'éducation s'étendre peu à peu, et les sciences se dégager de l'emprise religieuse les unes après les autres au fur et à mesure qu'elles assureront leurs méthodes et conquerront leur indépendance dans leur domaine.


A l'origine l'éducation est une et, si l'on peut dire, totalitaire. Elle est en même temps étroitement dépendante de l'organisation économique, sociale et politique comme elle l'est à l'égard de la religion du pays où elle se donne. Quant à ses méthodes, elles correspondent exactement à l'esprit et aux fins sociales ou morales de l'époque : la mémoire et l'imitation sont les facultés les plus habituellement exercées ; parfois on innove en faisant apprendre les nombres par manière de jeu. La discipline rigide admet normalement la punition corporelle : l'adulte n'aura-t-il pas lui-même à supporter la bastonnade ?
On ne songe pas à faire une place quelconque à l'individualité. Bien adapter et conformer chacun au monde où il aura à vivre sans qu'il ne se pose d'inutiles problèmes ou qu'il en pose aux autres n'est-ce pas la seule finalité sociale que l'éducation saura observer ? »

 Roger Gal, Histoire de l'éducation, Paris, presses universitaires de France, 1948, p 18, 19

jeudi 22 mai 2014

"L'être conscient de son incomplétude dans un mouvement permanent de recherche" (Paulo Freire "Pédagogie de l'autonomie")

Paulo Freire donne une très belle définition qui résume ce qu'est l'être humain :

"La conscience du monde et la conscience de soi comme être inachevé inscrivent nécessairement l'être conscient de son incomplétude dans un mouvement permanent de recherche. A la vérité, ce serait une contradiction si, inachevé et conscient de l'inachèvement, l'être ne s'insérait pas dans un tel mouvement. En ce sens, pour les femmes et les hommes, demeurer dans le monde signifie nécessairement avec le monde et avec les autres. Il n'est pas possible d'être dans le monde sans faire l'Histoire et sans être fait par elle, sans faire la culture, sans "traiter" sa propre présence dans le monde, sans rêver, chanter, faire de la musique, ni peindre, sans s'occuper de la terre, des eaux, sans utiliser ses mains, sans sculpter, ans philosopher, sans point de vue sur le monde, sans faire de la science ou de la théologie, sans s'étonner face au mystère, sans apprendre, sans enseigner, sans idée de formation, sans faire de la politique. C'est dans l'incomplétude de l'être qui se sait comme tel que se fonde l'éducation comme processus permanent."