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lundi 18 janvier 2016

Pourquoi empêcher l'enfant d'apprendre à lire comme il a appris à parler ?

Célestin Freinet et ses élèves
par Julie Amadis
#IpEaVaEaFaF
Le 18/12/15





  L'ENFANT APPREND A PARLER SANS "LEÇONS DE LANGAGE"


Comment l'enfant apprend-il à parler ?


L'enfant apprend le langage en vivant avec d'autres êtres humains qui lui parlent et qui se parlent entre eux.
Il observe, expérimente en bougeant les lèvres et en émettant des sons, puis il devine peu à peu le sens des mots selon le contexte.
Il n'y a pas de "leçon" pour apprendre à parler.
Il n'existe pas non plus de personne titulaire d'un diplôme pour apprendre à parler aux enfants.
Et pourtant, tous les jeunes enfants, quel que soit le milieu dans lequel ils sont, savent s'exprimer oralement.


Pour apprendre à parler, l'enfant commence à emmagasiner tout un tas d'informations.
C'est la somme des connaissances, observations, découvertes intégrées  inconsciemment qui amène l'enfant à parler.
Maria Montessori insiste sur le caractère construit des nouvelles capacités des enfants alors que rien auparavant n'était apparu.

"Ces processus ne conduisent pas à une expression immédiate, ils sont emmagasinés dans l'attente du moment où le langage naîtra"
Les enfants à qui on parle normalement sans gagatiser sautent parfois des étapes et ne progressent pas selon un schéma qui va du simple au plus complexe.
Ainsi un ami me racontait "la première fois que son fils a parlé" :
"Onel a pati bateau"
Ce qui voulait dire "Lionel est parti voir les bateaux". Le petit garçon de 15 mois était plutôt en retard sur son âge. Il ne prononçait quasiment aucun mot intelligible.
Tout à coup, il énonça un phrase quasiment complète.  
Pour apprendre à parler, son fils n'était pas passé par les sons, les syllabes, les mots. Il avait tout de suite prononcé une phrase entière, dans l'ordre grammatical correct avec le sujet, le verbe et le complément.

Le bébé a accumulé en amont, expériences et observations ... pour que d'un seul coup, il soit capable de savoir aligner des sons, des syllabes, des mots, dans le bon ordre pour que ça ait un sens.

APPRENDRE A PARLER, APPRENDRE A LIRE : MÊME PROCESSUS

Maria Montessori

  CÉLESTIN FREINET ET LA MÉTHODE NATURELLE


Célestin Freinet comme Maria Montessori considéraient que la meilleure façon d'enseigner était de donner les outils aux enfants pour qu'ils acquièrent par eux-même le savoir.
Ces deux pédagogues ont confiance dans les capacités extraordinaires de l'enfant.
Célestin Freinet a d'ailleurs choisi de nommer sa méthode "la méthode naturelle". Il décrit sa façon d'enseigner à lire et à écrire aux enfants :
«Notre méthode naturelle d’écriture-lecture est essentiellement une méthode de vie»
Freinet s'offusque contre les méthodes de lecture et d'écriture qui consistent à ordonner à l'enfant de conscientiser la linguistique alors qu'il ne la pratique pas encore.
Celestin Freinet
« Les processus scolaires partent avec ostentation de l’intellect, de la théorie, de la science abstraite, vers la pratique plus ou moins ajustée au comportement. Démarche profondément anormale, naturelle et complexe, vers la différenciation, la comparaison, l'exploration et la loi. Ce rétablissement sera une des grandes victoires de notre pédagogie populaire »
Les enfants qui apprennent à lire avec la pédagogie Freinet ne lisent pas les mots - syllabe après syllabe - mais, d'un seul coup, ils se mettent à lire un mot entier puis une phrase.

Contrairement à ce que pensent beaucoup d'adultes, les enfants ne vont pas du plus simple au plus complexe pour apprendre.
Pour apprendre à parler comme pour apprendre à lire, il n'y a pas de gradation dans la difficulté au sens où les adultes l'entendent.
Célestin Freinet fait cette constatation concernant la lecture.
Les enseignants qui utilisent cette méthode (si l'on peut dire) font la même observation chez leurs élèves.
Un enseignant remplaçant dans une classe "Freinet" de CP explique que dès la rentrée les enfants avaient commencé - en 1980 - à apprendre à lire avec une phrase votée par eux :

"Le père de Vincent Hébert a acheté une maison"

Nombreuses sont les difficultés dans cette phrase. Et pourtant... La motivation à apprendre est telle quand on part d'une phrase choisie par les élèves - qui correspond à un moment de vie - que les difficultés sont vite surpassées par les enfants.
J'ai fait le même constat dans la première classe dans laquelle j'ai enseigné. C'était un CP. J'étais suppléante dans une école privée et donc j'étais forcée de travailler sur la méthode de la titulaire qui était une méthode syllabique. Face au blocage d'un certains nombres d'élèves qui n'entraient pas dans la lecture, et sur les conseils d'une institutrice Freinet à la retraite, Josette Hazard, j'ai transformé la première séquence de la journée - mise en place par la titulaire en outil de lecture.
Le "Quoi de neuf ?" du matin consistait pour les enfants en un petit exposé à partir d'un objet, d'un événement etc.....
Après chaque prestation de "Quoi de neuf ?", les propositions orales de phrases résumant ce qu'avait dit l'élève au tableau étaient inscrites. Parmi celles-ci, les enfants choisissaient leur préférée. Ils la recopiaient sur une feuille. Ensuite, ils découpaient les mots et les remettaient dans l'ordre pour faire une phrase....
Après ces premières séquences, les gamins les plus en difficulté en lecture avaient accès à l'un des deux ordinateurs de la classe, sur lequel ils recopiaient la phrase choisie. Ils l'imprimaient ensuite et pouvaient l'afficher où bon leur semblait.
Souvent ces enfants en difficulté dessinaient en dessous de la phrase, et les parents me racontaient qu'ils affichaient les phrases dans la chambre et s'amusaient à relire les phrases du "quoi de neuf". C'est de cette manière que des enfants hostiles à la lecture y ont pris goût et ont rapidement rattrapé leur retard.

Les enfants apprennent à lire comme ils apprennent à parler, par l'observation, l'expérimentation. Ce déclic provient de l'ensemble de leurs expérimentations, tâtonnements, comparaisons... conscientes et inconscientes.
Comme le bébé décrit par Maria Montessori, l'enfant lecteur débutant, a emmagasiné un grand nombre de mots, de graphies dans des contextes multiples (les noms des magasins, des produits alimentaires, les titres de livres,,les panneaux d' informations routières...) et .... un jour... cet enfant se met à lire...

Forcer l'enfant à apprendre selon la propre logique d'un adulte borné, qui imagine, qu'il faut à tout prix pour réussir, que l'enfant passe des sons simples aux sons complexes, puis des syllabes simples aux plus complexes, sans jamais donner de sens à l'activité de lire, a des conséquences désastreuses pour les enfants.

APPRENDRE A PARLER PAR LE SYLLABIQUE ?


Célestin Freinet dénonce le forçage de l'adulte à faire entrer l'enfant dans sa logique de progression de l'apprentissage.
"Si des professeurs devaient apprendre à parler à des enfants, ils le feraient selon les principes que nous connaissons, qu'ils supposent logiques, en partant des sons simples et du b a ba traditionnel, par un escalier méthodique inéluctable. Or, dans la pratique, nous constatons, par la méthode naturelle, que les enfants progressent selon les principes différents à base de vie, et qu'ils ne craignent pas de s'attaquer aux vocables les plus difficiles s'ils s'intègrent dans la construction active de leur comportement effectif. Ils ne partent pas nécessairement de l'élément simple, mais abordent au contraire d'emblée le complexe vivant du mot et de la phrase." p 234 Œuvres pédagogiques Tome 2, 1994
La progression organisée par le professeur pour permettre à l'enfant d'acquérir une notion, une capacité, une nouvelle connaissance ne prend pas en considération le processus psychique interne à l'enfant, ses propres expérimentations...
Les programmes scolaires indiquent les compétences à acquérir par cycle. Tous les inspecteurs exigent des enseignants la rédaction de programmations et progressions pour chaque discipline. On enseigne aux élèves telle ou telle nouvelle notion à telle date selon une progression définie à l'avance puis l'enseignant passe à autre chose.
L'enfant est considéré comme un vase que l'on remplit en le gavant de connaissances décontextualisées.
Les réactions des enfants, leurs propres découvertes et expérimentations n'ont pas de place ou très peu dans ce fonctionnement pédagogique institutionnel.
Pourtant, il n'y a pas de gradation dans l'apprentissage au sens où la plupart des adultes l'entendent. L'évolution dans les acquisitions enfantines est propre au cheminement expérimental de l'enfant.

RALENTIR SON ÉVOLUTION DE FAÇON IRRÉMÉDIABLE


Les enfants sont probablement retardés dans leurs activités intellectuelles inconscientes quand une autorité scolaire les force à dévier leur propre processus pour apprendre à lire. On déconstruit probablement tout ce que leur psychisme a élaboré en les forçant à apprendre à lire avec des syllabes. Celestin Freinet dénonce ces pratiques enseignantes utilisées dans la quasi totalité des écoles.
"Si au moment où l'enfant est en plein tâtonnement expérimental pour acquérir la maîtrise du langage, on arrêtait systématiquement et d'une façon autoritaire son effort complexe pour lui enseigner la prononciation et la lecture de mots extérieurs à sa personnalité et à sa pensée, il se produirait comme un désarroi et un déséquilibre qui ralentiraient certainement son évolution, peut être même d'une façon irrémédiable"
Maria Montessori fait un constat similaire à celui de Ceslestin Freinet :
"En réalité l'enfant porte en soit dès l'origine la clef de son énigmatique existence individuelle. Il dispose d'un plan de structuration inné de son âme et de lignes directrices programmées pour son développement. Tout cela est d'abord extrêmement frêle et sensible et l'intervention intempestive de l'adulte, avec sa volonté et ses idées exagérées de la perfection de son autorité propre, peut anéantir ce plan ou en compromettre sa réalisation." (Maria Montessori, propos repris par Jean Houssaye, dans Quinze pédagogues, p 402) 

LES ENFANTS APPRENNENT DE MANIÈRE INCONSCIENTE
"L'ESPRIT ABSORBANT" de Maria Montessori

Pour Maria Montessori, si les enfants apprennent si rapidement et par bloc, c'est que cet apprentissage n'est pas conscient, 

L'enfant accumule tout un tas de données, observations, connaissances, liens logiques entre les savoirs sans s'en rendre compte.
"Incontestablement, ces processus complexes ne suivent pas les processus de
fonctionnement qui seront établis chez l'adulte : l'enfant n'apprend pas à parler comme nous apprenons une langue étrangère, grâce à l'effort conscient et volontaire des facultés mentales."
 Elle compare le processus d'apprentissage de l'enfant à l'embryon qui se transforme en bébé sans que l'on puisse apercevoir vraiment ce qui a contribué à cette évolution.
"Pourtant, il crée une construction stable, exacte, étonnante, analogue à la construction embryonnaire des organes dans l'organisme en gestation. Il existe donc chez le tout petit un état mental inconscient, créatif, que nous avons appelé "l'esprit absorbant""
Ce qui se passe dans le cerveau de l'enfant avant qu'il ne fasse une phrase n'est pas visible.  Nous ne percevons que le résultat d'un processus inconscient.
Ce mécanisme psychique dont l'enfant n'a pas conscience est efficace. Le bébé met peu de temps pour apprendre à parler au vue de la complexité de la langue.
"Ce ne sont là que des suppositions, mais il n'en demeure pas moins que des développements internes dirigés par des énergies créatives interviennent et que ces développements peuvent arriver à maturité avant de se manifester à l'extérieur. Et dès qu'ils se manifestent, ils se révèlent être des caractères construits pour faire partie de l'individualité." (Maria Montessori)

Si, pour apprendre une langue étrangère, tous les spécialistes s'accordent à dire qu'il est préférable de baigner dans la langue en vivant dans le pays plutôt que de prendre des cours tous les jours à l'université, c'est que l'apprentissage inconscient est plus efficace que l'apprentissage conscient.
"De ce fait, il doit pouvoir exister dans l'inconscient un mode de fonctionnement psychique différent de celui de l'esprit conscient". (Maria Montessori la formation de 'l'homme, éditions Desclée de Brouwer, 2005)

 VIVRE C'EST APPRENDRE :
LES ENFANTS N'ATTENDENT PAS QUE L'ON LEUR ENSEIGNE
 LES CHOSES POUR LES APPRENDRE

Il faut faire confiance dans les capacités naturelles d'apprentissage des enfants et ne surtout pas intervenir dans le processus psychique qui les amène à acquérir de nouvelles connaissances et capacités. L'enseignant accompagne l'enfant dans le processus d'apprentissage. Il ne doit pas intervenir de manière autoritaire en le déviant de son propre mécanisme.
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Apprendre, c'est vivre. C'est un processus naturel. Et les enfants n'attendent pas que l'on leur enseigne quelque chose pour apprendre.
John Holt décrit le fonctionnement des enfants :
"Quand ils ne sont pas en train de manger ou de dormir (et encore !), ils créent du savoir. Ils observent, pensent, spéculent, théorisent, testent et expérimentent - en permanence - et ils sont bien meilleurs que nous, adultes, à ces tâches" (Les apprentissages autonomes)
Cette thèse est une des principales du postmarxisme : les enfants sont spontanément des Innovants, des Découvreurs, des Inventeurs, des Créateurs artistiques.
L'enfant apprend chaque heure chaque minute chaque seconde de sa vie. Il n'a bien sûr pas conscience, la plupart du temps, qu'il est en train d'apprendre des choses.
Comme cet apprentissage est efficace, bien que nous ne connaissons pas tout le cheminement de ce processus, il est important de laisser l'enfant découvrir le monde sans pour autant intervenir de façon autoritaire.
John Holt considère que forcer les enfants à avoir conscience de ce qu'ils apprennent est une erreur :
"L'une des grandes erreurs que nous connaissons avec les enfants est de les rendre conscients de leurs apprentissages" (les apprentissages autonomes, p 25)
Pourtant "rendre conscient les enfants de leurs apprentissages" est le nouveau dogme pédagogique du 21° siècle en France. 

LES TENANTS DE LA PÉDAGOGIE TRADITIONNELLE IMPOSENT
A L'ENFANT DE CONSCIENTISER QU'IL APPREND

Les pédagogies dites "traditionnelles" insiste sur le travail de conscience que doit réaliser l'apprenant pour acquérir de nouvelles notions. Elles insistent très souvent sur la métacognition.
La "métacognition" c'est-à-dire - la "Connaissance personnelle d'un individu sur ses capacités et ses fonctionnements cognitifs."- est le maître mot de l'enseignement transmis aux enseignants en formation. Nombreux sont les sujets de concours qui tournent autours de cette thématique, les conseillers pédagogiques et PEMF (formateur pour enseignant débutant) insistent pour que les élèves puissent avoir une "conscience" du processus d'"apprentissage".
Pourtant, les enfants apprennent à parler sans qu'on le leur enseigne et sans avoir conscience de comment ils ont fait pour "réussir" à parler.
Les pédagogies nouvelles comme celles de Montessori, de Freinet, de Decroly, de Frohel ... mettent en avant la dynamique naturelle d'apprentissage de l'enfant qui est bien souvent inconsciente.
Diane Huot et Richard Schmidt exposent cette dichotomie pédagogique concernant l'apprentissage d'une langue étrangère :
"De cet ensemble de propositions se dégagent deux grandes orientations, à savoir un enseignement de type scolaire et un enseignement de type naturel. L’enseignement scolaire favorise un mode d’appropriation dans la classe par des réflexions, des explications et des raisonnements à propos de la L2. L’enseignement de type naturel favorise une approche en classe simulant le plus possible les conditions d’appropriation en milieu naturel. La première orientation, dite aussi traditionnelle, s’appuie sur l’étude réflexive de la langue. Il s’agit alors d’un enseignement, décontextualisé, axé davantage sur la forme des éléments de la L2. La seconde orientation s’appuie sur la communication et l’interaction, comme c’est le cas dans l’approche communicative où l’enseignement, mis en contexte et motivant, est principalement axé sur le sens du message. " Conscience et activité métalinguistique. Quelques points de rencontre, 1996
Célestin Freinet répond à ceux qui s'opposent à sa "méthode de lecture" :
"On nous objecte souvent que ce qui est vrai pour le langage ne l'est pas forcément pour les autres disciplines. Mais pourquoi un processus qui réussit à 100% pour une des acquisitions les plus délicates ne serait-il pas valable pour les autres conquêtes ?" (Oeuvres pédagogiques 2. Celestin Freinet p 422)

7% DE BEBES INCAPABLES DE MARCHER ?

Si nous apprenions aux enfants à marcher comme nous leur apprenons à lire, 7 % des bébés ne sauraient jamais marcher et 11 % marcheraient avec de graves dysfonctionnements. Seul une minorité serait capable de courir.
Ces pourcentages factices pourraient être réels !
En effet, en France, 7 % des adultes de 18 à 65 ans ayant été scolarisés en France sont illettrés soit 2,5 millions de personnes, 11% éprouvent des difficultés graves ou fortes dans les domaines fondamentaux de l'écrit. (INSEE, 2011).
Si on observait et on respectait vraiment les enfants, on ferait confiance en leurs capacités exceptionnelles à apprendre. Ainsi, on trouverait les moyens efficaces de les accompagner dans leur cheminement intellectuel pour apprendre.
 Au lieu de cela, en dictateurs autoritaires, arrogants et condescendants, nous leur imposons nos procédés d'apprentissage d'adultes" Répétants.

De cette manière, non seulement nous cassons la confiance qu'ils ont de leurs propres capacités à apprendre mais de surcroit nous les freinons dans leur cheminement vers la compréhension du monde.
La formidable force de vie que possèdent les enfants les amène à  apprendre malgré ces interventions autoritaires d'adultes.
Cependant, les plus fragiles, qui ont vécu des expériences traumatisantes perdent confiance en leurs propres capacités et s'éloignent volontairement de l'apprentissage pour se "protéger".
Il est urgent de faire une révolution pédagogique.


mercredi 14 octobre 2015

L'obligation de rester assis des journées entière dès l'âge de 6 ans (classe de CP) construit la "cuirasse caractérielle" et transforme l'humain Innovant en Répétant docile

Une classe de Cours Préparatoire. A 6 ans, les enfants
restent assis sur une chaise la quasi totalité de la journée

Par Julie Amadis
#IpEaVaEaFaF
Le 13/10/2015










EN GRANDE SECTION DE MATERNELLE LES ENFANTS CRÉENT, INNOVENT,
ET DÉCOUVRENT ENCORE

Une classe de Grande Section de maternelle,
les enfants bougent.
Ils passent d'un coin à l'autre...
En Grande Section de maternelle, les enfants créent sans cesse.
Ils dessinent dès qu'ils le peuvent.
Ils inventent des objets, ils construisent des villes extraordinaires avec des Lego ou des cubes...
Ce sont aussi des petits chercheurs scientifiques.
Toutes les occasions sont bonnes pour faire des expériences, appuyer sur un objet dans l'eau pour essayer de comprendre quelle force l'empêche de couler, sauter dans les flaques et voir que leurs pieds prennent la place de l'eau qui s'échappe et arrose les passants …

J'ai eu l'occasion de faire plusieurs stages d'observations et de pratiques professionnelles dans plusieurs classes de Grande Section. Les enfants de 5 ans sont extrêmement curieux de tout, tout le

temps. Ils posent à leur enseignant des tas de questions … et leur maître ou maîtresse est obligé de les brimer... Parce que dans une classe de 30 vous ne pouvez répondre aux questions de 30 élèves en même temps ...

ARRIVÉS EN COURS PRÉPARATOIRE, LES ENFANTS SONT MOINS CURIEUX
ET MOINS INNOVANTS

Bizarrement, en CP, les enfants sont moins curieux.
Ils posent moins de questions, font moins d'expériences...
Pourtant, il n'y a qu'une année de différence avec la Grande Section.
Ils ont entre 6 et 7 ans au Cours Préparatoire. Ils en avaient entre 5 et 6 en Grande Section de maternelle.
L'explication ne se trouve donc pas dans la biologie...
La physionomie et la psychologie de l'enfant ne se métamorphosent pas en quelques mois parce qu'il entre en Cours Préparatoire !
L'explication à cette perte de curiosité est donc sociale.

RESTER ASSIS EST MAUVAIS POUR LA SANTÉ SURTOUT A 6 ANS

La position assise durant une durée trop longue
est mauvaise pour la santé

En CP, les enfants restent assis sur une chaise toute la journée.
Presque toutes les classes de CP sont conçues pour que 25 élèves de 6 à 7 ans puissent rester assis à la même place toute une journée.
Les tables et chaises sont tournées en direction du tableau. (voir photo en début d'article).
La place pour circuler est très étroite et il n'y a quasiment pas de coins pour que l'enfant puisse expérimenter et créer en toute liberté.

Les enfants de 6 et 7 ans dans les écoles françaises doivent contraindre leur corps à s'immobiliser dans la position assise.
Cette action est contraire à la nature du corps humain. Même les adultes ne restent pas assis des journées entières chez eux ou alors c'est qu'ils font une dépression...
Des chercheurs ont montré que rester assis trop longtemps était néfaste pour la santé.

"Rester assis trop longtemps est (très) mauvais pour la santé. Selon une infographie détaillée du "Washington Post", cela pourrait même favoriser le cancer du colon."L'Obs le plus
Ces chercheurs ne se sont intéressés qu'aux adultes. Alors imaginez les dégâts pour la santé des enfants, eux qui ont un besoin naturel de bouger régulièrement !

ON CONSTRUIT DES L'AGE DE 6 ANS LA CUIRASSE CARACTÉRIELLE
QUI EMPÊCHE DE SE LIBÉRER DES ANGOISSES

L'être humain et encore plus l'enfant, n'est pas constitué pour rester dans l'immobilité 6 heures par jour.
Bloquer ses muscles pour les empêcher de fonctionner naturellement contribue à construire ce que
Wilhelm Reich nomme "cuirasse caractérielle".
La cuirasse caractérielle (character armor) est un concept de Wilhelm Reich : elle correspond à la globalité des attitudes caractérielles qu'un individu développe comme défense contre les excitations émotionnelles. Elle est la résultante neuro-musculaire comme adaptation de la personne à la rigidité de son environnement affectif, un compromis totalement intégré tant du point de vue de la musculature que du système nerveux entre les pulsions d'allant vers le monde, et ce que celui-ci lui tolère de plaisir et sous quelle forme.


Le schéma de la cuirasse caractérielle montre une énergie initiale barrée par une tension musculaire apprise, qui dévie et transforme la pulsion initiale en son contraire qu'une autre adaptation, cette fois-ci sociale, transforme à son tour.
La cuirasse caractérielle est la base de l'analyse caractérielle. Ses attitudes se présentent sous la forme d'une rigidité caractérielle, un manque de contact, une attitude "mortifère", et elle possède une identité fonctionnelle avec la cuirasse musculaire (wikipédia)

BLOQUER SES MUSCLES POUR APPRENDRE A OBÉIR BÊTEMENT

On apprend au jeune enfant à bloquer ses muscles pour répondre à une demande sociale.
L'enfant apprend en même temps qu'il interdit à ses membres de bouger à obéir bêtement à une autorité hiérarchique, le maître, la maîtresse, l'institution scolaire.

Il est préparé au fascisme. Pour que le fascisme puisse exister, il faut que les individus soient capables
Wilhelm Reich
d'obéir sans concession à une autorité sans qu'on le leur donne d'explication logique à l'ordre qu'ils reçoivent.
Reich dans Psychologie de masse du fascisme montrait comment -pour une partie de la classe moyenne- un entraînement à l'obéissance servile depuis la plus tendre enfance aboutissait à une attirance pour des personnalités fascistes comme Hitler et une acceptation d'une situation de cataclysme humain pour la plus grande partie de la population de ces pays.La psychologie des individus issue de l'éducation qu'ils ont reçu dans une société occidentale capitaliste les amène à laisser un Hitler au pouvoir.
«C'est la structure autoritaire, antilibérale et anxieuse des hommes qui a permis à sa propagande d'accrocher les masses. C'est la raison pour laquelle l'importance sociologique de Hitler ne réside pas dans sa personnalité, mais dans ce que les masses ont fait de lui. » (Reich (Wilhelm), La psychologie de masse du fascisme, Paris, Payot, p 54
Cette structure des humains qui ont accepté l'arrivée des dictateurs fascistes au pouvoir dans les années 30 et que Reich décrit comme "autoritaire, antilibérale et anxieuse" s'explique par des décennies d'éducation à l'automatisation des gestes.
"L'homme s'est cuirassé contre tout ce qu'il y avait de naturel, de spontané en lui, il a perdu le contact avec la fonction d'autorégulation biologique, il ressent une vive angoisse devant tout ce qui est vivant et libre.Cet engourdissement biologique se manifeste essentiellement par un raidissement général de l'organisme et une réduction démontrable de la mobilité plasmatique : l'intelligence est amoindrie, le sens social naturel bloqué, la psychose généralisée." p 291 Psychologie de masse du fascisme Wilhelm Reich

MANIPULER LE CERVEAU DES JEUNES ENFANTS POUR EN FAIRE
DES ADULTES DOCILES

De même l'enfant doit bloquer sa langue toute la journée. Il lui est impossible de s'exprimer sauf quand la maitresse lui pose une question.

Le grande majorité de l'énergie déployée par le jeune enfant de 6 ans se concentre sur le blocage musculaire pour s’interdire de bouger et de parler.
Le peu qu'il lui reste doit servir aux apprentissages de la lecture, de l'écriture, des mathématiques, des sciences.
On comprend bien que l'objectif n'est pas d'apprendre à lire aux enfants mais de leur apprendre à obéir comme le souligne d'ailleurs Ivan Illitch dans son livre "une société sans école".
Si l'enfant était libre de ses mouvements, il apprendrait aussi vite à lire qu'il apprend à marcher.

JULES FERRY INSTIGATEUR DE L’ÉCOLE RÉPUBLICAINE AVAIT POUR OBJECTIF PREMIER L’ÉDUCATION MORALE DES JEUNES
L'ACQUISITION DE SAVOIRS ET DE CONNAISSANCES N'EST PAS LA PRIORITÉ

Jules Ferry, raciste et colonialiste, à l'origine de l'école "Républicaine", fixait l'objectif prioritaire de l'enseignement dans sa première lettre aux instituteurs en 1883 :
"Des diverses obligations qu'il vous impose, celle assurément qui vous tient le plus au cœur, celle qui vous apporte le plus lourd surcroît de travail et de souci, c'est la mission qui vous est confiée de donner à vos élèves l'éducation morale et l'instruction civique : vous me saurez gré de répondre à vos préoccupations en essayant de bien fixer le caractère et l'objet de ce nouvel enseignement ; et, pour y mieux réussir, vous me permettrez de me mettre un instant à votre place, afin de vous montrer, par des exemples empruntés au détail même de vos fonctions, comment vous pourrez remplir, à cet égard, tout votre devoir, et rien que votre devoir." (wikipédia)
La bourgeoisie capitaliste française est bien consciente que les esprits doivent être façonnés durant l'enfance.

"JE SUIS EFFRAYE PAR LES AUTOMATISMES QU'IL EST POSSIBLE DE CRÉER A SON INSU DANS LE SYSTÈME NERVEUX D'UN ENFANT. IL LUI FAUDRA DANS SA VIE D'ADULTE UNE CHANCE EXCEPTIONNELLE POUR ÉCHAPPER A CETTE PRISON"

Henri Laborit, neurobiologiste, montre à quel point le système nerveux des enfants est perméable.
"Avec le recul des années, avec ce que j'ai appris de la vie, avec l'expérience des êtres et des choses, mais surtout, grâce à mon métier qui m'a ouvert à l'essentiel de ce que nous savons aujourd'hui de la biologie des comportements, je suis effrayé par les automatismes qu'il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d'un enfant. Il lui faudra dans sa vie d'adulte une chance exceptionnelle pour s'échapper de cette prison, s'il y parvient jamais."Henri Laborit Eloge de la fuite Ed Laffont, Paris, 1976
La construction de la cuirasse caractérielle par le blocage des muscles au Cours Préparatoire (CP) dans les écoles de France va de pair avec la destruction des capacités innovantes de l'individu.
Le processus de destruction des capacités innovantes de l'individu commence à cet âge. Il ne fera que s'aggraver avec les années jusqu'à ce que ce petit être en perpétuelle exploration du monde qui l'entoure ne devienne un adulte qui ne crée plus, ne découvre plus et obéit à son chef.

Détruire l'être humain Innovant qu'est l'enfant pour le transformer en être docile incapable d'empathie et indifférent à la souffrance humaine, tel est ce à quoi participe l'école française à partir de la classe préparatoire.
"La grande école" comme disent les parents n'est rien d'autre qu'une machine à broyer des humains Innovants et partageurs pour les intégrer à notre société.
Notre société dans laquelle l'assassinat
par des policiers d'un jeune à la peau foncé est banalisé (comme l'assassinat entre autre d'Abdoulaye Camara au Havre en décembre dernier)
Notre société qui développe à tout va des centrales nucléaires dont le fonctionnement même fait exploser le nombre de cancers et dont les risques importants d'explosion et donc de destruction totale de toute forme de nature (dont l'humain) sans que personne ne s'en offusque réellement.
Notre société, dans laquelle des hommes élus par le peuple français, décident de quel sera le futur dictateurs au pouvoir dans tel ou tel pays africains afin de permettre à ses patrons français de faire d’énorme profits en donnant des salaires esclavagistes de 50 euros par mois.

Notre société, dans laquelle, les adultes passent tous les jours à côté d'hommes, de femmes et d'enfants qui dorment dehors dans le froid sans avoir la moindre gène, sans les aider, sans militer pour que cette honte cesse...