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mercredi 27 janvier 2016

L'école française championne des inégalités


Par Julie Amadis
#IpEaVaEaFaF
Le 27/01/16
la France est même l'un des pays
les plus inégalitaires de l'OCDE,

après la Slovaquie et la Hongrie »


« Mettre l'école sous le signe de la compétitivité,
c'est inciter à la corruption,
qui est la morale des affaires 
».
Raoul Vaneigem


Le Canard Enchaîné rappelle que l'école française ne traite pas bien les enfants de pauvres et d'immigrés.

Mercredi 20 janvier, le Canard Enchaîné titrait
« Élèves pauvres et enfants d'immigrés à mauvaise école ».

L'école française est championne des inégalités.

Le Canard Enchaîné poursuivait :
« Principale critique de l'OCDE et récurrente depuis plusieurs années : la faible réduction des inégalités éducatives. Dans aucun autre pays l'échec scolaire n'est à ce point lié à l'origine sociale des élèves. »

  L’ÉCOLE FRANÇAISE ET SES PIÈTRES RÉSULTATS PISA

Mais la France est aussi championne des mauvaises performances de ses élèves.
« En 2012, la France a perdu 22 points en ce qui concerne la culture mathématique depuis 2000. (chiffres tirés du groupe ALPHA centre d'étude et prospective)La "performance" des élèves français en mathématiques a diminué de 16 points entre 2003 (511) et 2012 (495), ce qui en neuf ans fait passer la France des pays dont la performance est supérieure à la moyenne de l'OCDE aux pays dont la performance est dans la moyenne de l'OCDE (494 dans l'étude 2012). (Sciences et avenir) publié le 03/12/2013 La France parmi les mauvais élèves de l'enquête PISA 2012 S'agissant de la compréhension de l'écrit, les résultats de la France sont meilleurs (505 points contre 496 dans Pisa 2009), au-dessus de la moyenne des pays de l'OCDE (496), une amélioration observée depuis 2009 après un recul sensible dans les études 2003 et 2006.En sciences, le niveau de la France reste stable depuis 2006 avec 499 points (contre 501 en moyenne dans les pays de l'OCDE et 498 points dans Pisa 2009). (Sciences et avenir) publié le 03/12/2013 La France parmi les mauvais élèves de l'enquête PISA 2012

Ces mauvais résultats globaux ne sont pas très étonnants. Quand on délaisse une partie des élèves, ce sont tous les élèves qui en pâtissent. C'est l'analyse de Christian Baudelot et Roger Establet.

Les inégalités s'aggravent d'année en année.
« C'est en France que l'on observe l'un des plus grands écarts au sein de l'OCDE entre les 10 % d'élèves les meilleurs et les 10 % les moins performants. Et le fossé entre le groupe des meilleurs et celui des moins forts s'est creusé de 34 points entre 2003 et 2012, alors qu'il s'est réduit de 3 points en moyenne dans l'OCDE, de 20 points en Pologne, et même de 45 points en Allemagne ! » Alternative économique Éducation : ce qu'il faut retenir de PISA 2012, Laurent Jeanneau, 13/12/2013 
Les plus performants sont les plus riches et les moins bons les plus pauvres.
« Autre spécificité française, l'origine sociale pèse lourdement sur les résultats scolaires : 22,5 % des résultats des élèves français en mathématiques s'expliquent par l'influence du milieu social, contre 15 % en moyenne au sein de l'OCDE. De ce point de vue, la France est même l'un des pays les plus inégalitaires de l'OCDE, après la Slovaquie et la Hongrie » Alternative économique Éducation : ce qu'il faut retenir de PISA 2012, Laurent Jeanneau, 13/12/2013 
Ce qui veut donc dire que tout est mis en œuvre pour favoriser la reproduction sociale et écraser le potentiel des enfants de pauvres.

La France est aussi en haut du palmarès des élèves anxieux.

LES ÉLÈVES FRANÇAIS SONT ANXIEUX

Le rapport PISA révèle que les enfants français se sentent « mal à l'école » (L'élitisme Républicain Baudelot et Establet).
Christian Baudelot et Roger Establet ont analysé le rapport PISA 2006 et en conclut que « les élèves français sont deux fois moins nombreux que les autres pays de l'OCDE à « se sentir chez eux à l'école ».
Les élèves issus de milieux défavorisés sont parmi les plus anxieux.
Stanislas Dehaene, professeur et chercheur en psychologie cognitive analyse le rapport PISA 2012 et écrit :
« En France, les élèves issus d’un milieu socio‐économique défavorisés n’obtiennent pas seulement des résultats nettement inférieurs, ils sont aussi moins impliqués, attachés à leur école, persévérants, et beaucoup plus anxieux par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE. »

POURQUOI LA FRANCE EST - ELLE CHAMPIONNE DES INÉGALITÉS ?

L'OBJECTIF PREMIER EST DE REPRODUIRE LES CLASSES SOCIALES

L'objectif est de reproduire des classes sociales spoliatrices.
Ces classes sont la Formoisie (bourgeoisie des diplômes) et la Bourgeoisie.
Ce sont elles qui ont le pouvoir... Ce sont elles qui décident des orientations de l'école, ce sont elles qui enseignent.
Comme le souligne Pierre Bourdieu, les enseignants formois par définition et issus dans leur majorité de la classe formoise sont persuadés du bien fondé du système et le perpétuent.
"Produits d'un système voué à transmettre une culture aristocratique dans son contenu et dans son esprit, les enseignants sont enclins à en épouser les valeurs avec d'autant plus d'ardeur peut-être qu'ils lui doivent plus complètement leur réussite universitaire et sociale. En outre, comment n'engageraient-ils pas, même et surtout à leur insu, les valeurs de leur milieu d'origine ou d'appartenance dans leurs manières de juger et dans leurs façons d'enseigner ? "(P.Bourdieu L'Ecole conservatrice. Les inégalités devant l'école et devant la culture, Revue française de Sociologie, 1966)

  L’ÉCOLE FAVORISE LES CODES SOCIAUX DES CLASSES DOMINANTES

Alors comme le disait Bourdieu, les codes de l'école sont les codes des classes dominantes.
(...) la tradition pédagogique ne s'adresse en fait, sous les dehors irréprochables de l'égalité et de l'universalité, qu'à des élèves ou des étudiants qui sont dans le cas particulier de détenir un héritage culturel conforme aux exigences culturelles de l'école. Non seulement elle exclut l'interrogation sur les moyens les plus efficaces de transmettre complètement à tous les savoirs et le savoir-faire qu'elle exige de tous et que les différentes classes sociales ne transmettent que très inégalement, mais encore elle tend à dévaloriser comme « primaires au double sens de primitives et de vulgaires) et, paradoxalement, comme «scolaires les actions pédagogiques tournées vers de telles fins. Ce qui n'est pas un hasard si l'enseignement primaire supérieur qui, lorsqu'il était en concurrence avec le lycée classique, dépaysait moins les enfants originaires des classes populaires, s'attirait le mépris de précisément parce qu'il était plis explicitement et plus méthodiquement  scolaire ». (P.Bourdieu L'Ecole conservatrice. Les inégalités devant l'école et devant la culture, Revue française de Sociologie, 1966)
Ceux qui réussissent ne sont pas les plus intelligents, mais ceux qui connaissent les codes. Donc, ce sont les enfants issus des classes dominantes.

LES PARENTS DE MILIEUX DÉFAVORISES SONT DISTANTS PAR RAPPORT A L’ÉCOLE QUI LES EXCLUT ET EXCLUT LEURS ENFANTS

Le rôle de reproduction sociale de l'école est de moins en moins facilement dissimulable. Les parents des milieux défavorisés l'ont compris et/ou le ressentent. Ils se montrent ainsi distants vis à vis de cette institution.

Très récemment, Christian Laval, Francis Vergne, Pierre Clément et Guy Dreux ont écrit « La nouvelle école capitaliste ». Ils expliquent comment l'école s'est marchandisée et libéralisée. Cet état de fait a aggravé les inégalités et exclu les classes populaires du savoir. L'école pour eux est synonyme d'exclusion. Ils s'en méfient donc et s'en éloignent.
Les auteurs du livre écrivent :
« La plupart des conduites d'évitement de la part des parents ne sont pas difficiles à déchiffrer. Elles témoignent de la hantise d'un contexte social qui pénaliserait leurs enfants, de la peur des mauvaises influences qui risqueraient d'exercer des élèves peu aptes, voire hostiles, au travail scolaire dans les écoles populaires quand elles sont le « réceptacle des problèmes sociaux du quartier ».

DEUXIÈME OBJECTIF : TRANSFORMER LES ENFANTS
 NATURELLEMENT INNOVANTS EN RÉPÉTANTS DOCILES

 S'ajoute à cette lutte de classes pour une école reproductrice de classes spoliatrices, une lutte de strates des adultes Répétants envers des enfants Innovants.

Les enfants sont des Innovants.
" TOUS LES ENFANTS sont membres de la strate des Innovants.
Tous les enfants sont des Innovants découvreurs
Tous les enfants sont des Innovants inventeurs.
Tous les enfants sont des Innovants créateurs.

Le savoir plus la bonne foi produit de la gentillesse.
Cette découverte est un des socles de la science psychologique à construire.
Mais les mêmes ingrédients font que les enfants sont tous des REdécouvreurs conceptualisateurs, tous de RE-inventeurs et tous de CREATEURS artistiques." (Revactu Yanick Toutain)

Mais ce caractère Innovant des enfants n'est absolument pas respecté. Pire. Il est détruit.
Au fur et à mesure que les enfants grandissent, leur potentiel créatif et innovant s'étiole pour finir par disparaître.
A la place, née peu à peu un individu obéissant à des normes sociales qui n'ont pas de fondement logique. Un individu, qui, à force d'obéir, de recevoir des ordres, de recevoir des violences verbales et parfois physique aussi, perd toute envie de créer, d'explorer et de découvrir. Le voilà bien prêt à entrer dans le monde des adultes "moutons", "pathologistes consuméristes" et Répétants.
En même temps que ses capacités créatives se détruisent, ses capacités d'empathie et de solidarité s'abîment.
Apprendre à "obéir" à une autorité juste parce que la personne à un statut hiérarchique élevé construit des individus capables d'aller jusqu'à tuer... Tuer, juste parce que une autorité légitimé par une organisation sociétale le leur a demandé.
Les expériences psychologiques organisées par Stanley Milgram entre 1960 et 1963 prouvent que face à une autorité la très grande majorité des Etasuniens envoyaient des décharges électriques tellement importantes qu'elles auraient pu tuer le cobaye comédien.
Cette expérience a été racontée dans le film d'Henri Verneuil "Comme Icare". La vidéo ci- dessous en est un extrait.

COMMENT FAIT L'ÉCOLE FRANÇAISE POUR EMPÊCHER
 LES ENFANTS DE PAUVRES DE RÉUSSIR ?

Pour que le diplômé puisse « vendre » son diplôme sur le marché du travail, il faut que ceux qui le détiennent soient peu nombreux. Le futur diplômé a donc intérêt financièrement à ce que ses camarades de classe échouent.
La dynamique de classe devient la loi de la jungle, loi du plus fort dans laquelle il faut écraser l'autre. Nombreux sont les étudiants d'écoles élitistes qui ont témoigné de cela. Je l'ai moi même vécu et subi en tant qu'étudiante (surtout quand je préparais le concours de professeur des écoles en Master Enseignement).
Raoul Vaneigem conclut ainsi que « mettre l'école sous le signe de la compétitivité, c'est inciter à la corruption, qui est la morale des affaires ».
La compétition est antagoniste à l'art et à la véritable science. Il n'y a pas de « performance » dans la création ni dans la découverte !
Le diplôme implique un système d'évaluations, de notes. Les notes humilient les élèves les plus en difficulté et les figent dans l'échec par une étiquette de "mauvais élève".
"Donner des notes" sous tend une pédagogie autoritaire. Seule une autorité hiérarchique a le pouvoir d'émettre une notation, de porter un jugement sur un individu et de choisir les critères de ce jugement.
Jean Piaget considère que le pouvoir suprême que détient le maître d'école entrave les capacités réflexives de l'enfant.

« Le prestige qu'il possède aux yeux de l'enfant fait que celui-ci accepte toutes faites les affirmations émanant du maître et que l'autorité le dispense de réflexion ». (Piaget 1959 p 269 dans L'apprentissage coopératif d'Alain Baudrit p 14)
De même Jean Houssaye dénonce ce rapport d'autorité éducative qui développe le sentiment de peur chez l'élève :
"Dès lors le rapport d'autorité entre l'éducateur et l'éduqué ne peut être qu'un rapport vertical, où le supérieur ordonne au nom de son âge et où l'inférieur obéit sans contestation. un tel rapport d'autorité implique des techniques éducatives basées sur la contrainte et la peur. La peur est le moyen que l'éducation traditionnelle utilise pour faire respecter les règles, les lois et les préséances vitales qui ordonnent toute la vie sociale." p 9 Jean Houssaye La Pédagogie traditionnelle  
Le diplôme, les notes impliquent une pédagogie de l'ennui et de la Répétition. Les diplômes attestent d'abord de la restitution des connaissances.
Le bachotage, le par cœur, la répétition de résolutions d'exercices mobilisant un processus intellectuel identique à chaque fois sont la base de la pédagogie traditionnelle - pédagogie très majoritairement pratiquée dans les classes.
Jean Houssaye montre que la pédagogie traditionnelle est celle des enseignants en France dans leur très grande majorité.
« A l'issue de ce parcours, nous pouvons donc l'affirmer sans ambiguïté : la pédagogie traditionnelle existe, la pédagogie traditionnelle est contemporaine. Les spécialistes de l'éducation ne cessent d'en parler. Dans les propos tenus, il faut d'abord retenir ceci : le changement dans le système scolaire ne se fait pas. » Jean Houssaye La pédagogie traditionnelle éditions Fabert p 74
Les innovations n'entrent quasiment pas à l'école.
« L'innovation pédagogique, à l'échelle de l'institution, est un échec ; elle ne produit pas d'effets positifs pour une raison majeure : elle n'est pas mise en œuvre et l'immobilisme des acteurs est patent. Et pourtant le cœur de l'école est touché, tant par rapport aux savoirs que par rapport aux comportements. » Jean Houssaye La pédagogie traditionnelle éditions Fabert p 74
Les pédagogues innovants comme Celestin Freinet et Alexander Sutherland Neill, Maria Montessori étaient opposés aux notes. Leur pédagogie basée sur l'expérimentation, l'exploration et la découverte ne pouvaient pas être adaptée à un système de notation et de délivrance de diplômes.

Ces pédagogies qui respectent l'enfant Innovant sont ultra minoritaires en France. Comme le dit Jean Houssaye c'est la routine qui domine.
"Individualisme donc, routines ensuite. Durand (2001) souligne combien la préservation des routines sécurisantes entre en jeu dans la permanence de la pédagogie traditionnelle. Quels que soient les disciplines enseignées et les enseignants concernés, les routines prédominent ; les constantes et les régularités marquent la vie dans la classe." Jean Houssaye La pédagogie traditionnelle éditions Fabert p 37 

Les diplômes, les examens de toutes sortes, les notes sont les outils pour exclure définitivement une partie des enfants du monde de ceux qui apprennent et qui savent.
Comment continuer à « aimer » apprendre quand vous avez vécu l'exclusion et porté l'étiquette de celui ou celle qui n'est pas intelligent.

Comme la science est incarnée par l'école dans notre société, les exclus du système scolaire fuient la découverte et la science pour se protéger.
Concernant la créativité, « ces exclus scolaires » ne semblent être ni plus ni moins créatifs que les autres. Certains ont été trop « cassé » pour avoir pu garder un « élan créatif » en eux, d'autres ont réussi à résister par l'art. Mais dans ce processus d'exclusion, on a appris à tous les enfants à « accepter l'injustice » et les « inégalités ». Ainsi qu'à se mentir pour accepter inacceptable.
L 'opération mentale qui consiste à se mentir contribue peut être aussi à la destruction des capacités
créatives.


Il suffit de discuter 30 minutes avec n'importe quel jeune scolarisé pour se rendre compte que les chiffres du Canard Enchaîné ne sont que la partie émergée d'une situation bien plus grave. 




mardi 31 mars 2015

L'éducation en France : Acquérir de nouvelles connaissances ou apprendre à obéir ?

Les enfants à l'arrêt du bus lisaient
les minutes d'attente
correspondants à chaque bus
Par Julie Amadis
#IpEaVaEaFaF
le 28/03/2015

"Le 2, c'est 3 minutes" disait la petite fille de 6 ans
"Mais bon sang, vous allez vous taire !" dit la mère






Je regardais deux enfants jouer à un arrêt de bus la semaine dernière au Havre. Leur jeu consistait à lire les minutes d'attente des bus sur le panneau d'affichage.
"Le 2, c'est 3 minutes" disait la petite fille de 6 ans

Son petit frère répétait en regardant lui aussi le panneau.
"3 minutes".
Et cela continuait à chaque fois qu'un autre bus s'affichait sur le panneau.
Ils avaient l'air fort heureux de ce petit jeu.
La petite fille - qui était sans doute élève de Cours Préparatoire - était en train de faire la liaison entre la notion de" minutes" et le laps de temps correspondant pour attendre le bus...

Cette notion est travaillée en classe de CE2 (programmes 2012 Eduscol). Et, deux ans avant que l'école ne le lui apprenne, cette petite fille appréhendait d'elle-même la notion  de "minute".

1° LES ENFANTS AIMENT APPRENDRE

Le petit frère, en répétant ce que disait sa grande sœur, faisait la liaison entre l'écriture affichée et le vocabulaire correspondant "minute".

Les enfants aiment apprendre. Ils cherchent toujours à comprendre de nouvelles choses, même seuls, sans adulte pour le leur expliquer...

"BON SANG, VOUS ALLEZ VOUS TAIRE"

 Mais, tout à coup, la mère interrompit leur jeu !
"Mais bon sang, vous allez vous taire !"
Les adultes, pour beaucoup, ne comprennent pas, qu'un enfant puisse apprendre sans cadre institutionnel.L'enthousiasme de l'enfant qui apprend gêne les adultes trop abîmés par la société. Ceux-ci ne peuvent plus comprendre cet état d'esprit qu'ont les enfants et que devraient avoir tous les êtres humains !

APPRENDRE ENTRE ENFANTS SANS CADRE,
SANS ADULTE, C'EST "NE PAS ÊTRE SAGE"...

Malgré les réprimandes de leur mère, la fille et le garçon n'interrompent pas leur "jeu".
Les enfants, trop heureux d'apprendre, continuent de plus belle, à lire les minutes...

Alors, la mère, usant de violence, empoigne la petite par le manteau.
"Mais tu ne peux pas être sage, deux secondes"

"JE VAIS ARRÊTER DE ME DÉMENER COMME ÇA POUR VOUS"

Et juste avant que toute la famille ne monte dans le bus, la mère dit à ses enfant.

"Comme vous n'êtes jamais sages, je vais arrêter de me démener comme ça pour vous"
Apprendre entre enfants, sans cadre, sans adulte c'est "ne pas être sage" pour cette mère de famille.

 APPRENDRE C'EST UNE CONTRAINTE, UN DEVOIR
DONC CELA NE DOIT PAS ÊTRE AMUSANT

Si je vous rapporte cette anecdote, c'est qu'elle est symptomatique de l'état d'esprit en France concernant l'apprentissage.
Apprendre, pour les gens, c'est l'école, les devoirs, les cours de danse, de musique etc... On ne peut apprendre que dans des structures institutionnelles... Et sous la contrainte...

LES PARENTS SONT INQUIETS SI LEUR ENFANT
N'A PAS DE DEVOIR DU SOIR


Les parents, en règle générale donne beaucoup d'importance aux devoirs du soir. Mais ils ignorent que ces devoirs du soir sont totalement interdits à l'école primaire depuis..59 ans ! Ils sont proscrits depuis 1956 !
La circulaire du 29 décembre 1956 a édicté « la suppression des devoirs à la maison ou en étude », avec les attendus suivants: « Six heures de classe bien employées constituent un maximum au-delà duquel un supplément de travail ne peut qu’apporter une fatigue préjudiciable à la santé physique et à l’équilibre nerveux des enfants. Enfin,le travail écrit, fait hors de la classe, hors de la présence du maître et dans des conditions matérielles et psychologiques souvent mauvaises, ne présente qu’un intérêt éducatif limité. En conséquence, aucun devoir écrit ne sera demandé aux élèves hors de la classe. Cette prescription a un caractère impératif »." (FCPE)
A la réunion de parents d'élèves de ma classe, en début d'année, (avant que l'administration ne m'exclut 2 ans pour avoir dénoncé des violences à enfants) quand je leur disais qu'il était préférable qu'ils passent du temps avec leurs enfants à jouer à des jeux de société, à lire des histoires, certains parents réagissaient mal :
"Oui, mais bon, mes autres enfants ils ont des devoirs, alors ses frères et sœurs ne vont pas comprendre qu'elle n'ait pas de travail"
D'autres semblaient inquiets... Peut être, pensaient-ils que j'étais une enseignante fumiste parce que leur enfant n'aurait pas deux pages de Bled à remplir chaque soir...
Il est vrai que cette même parent - comme les autres - finira, à la fin de l'année par comprendre que son enfant puisse apprendre autant en jouant à un jeu de société qu'en faisait un exercice de mathématique ! Elle était même
"très contente que sa fille ait pu progresser avec vous"



Quand on leur explique les règles officielles et que leurs enfants progressent avec des méthodes ludiques, tous les parents modifient leur point de vue initial. Nous ne pouvons donc pas en vouloir à ses parents de réagir ainsi.
S'ils donnent autant d'importance aux devoirs et à la contrainte dans l'apprentissage d'une manière générale, c'est que c'est le message qui est véhiculé par les médias, les institutions....
La principale fédération de parents d'élèves FCPE ne mènent sans doute pas suffisamment campagne contre ces devoirs - ni d'ailleurs contre les violences commises par les enseignants violents
 La position de la FCPE, maintes fois réaffirmée, et notamment dans son projet éducatif, est que « c’est en classe que doivent se faire les apprentissages et non à travers des devoirs qui relèvent souvent d’une délégation donnée aux familles, ce qui renvoie l’échec d’un élève à sa responsabilité individuelle et familiale, renforçant ainsi les inégalités culturelles et sociales. La FCPE s’oppose clairement aux devoirs à la maison et refuse la sous-traitance pédagogique aux familles. (FCPE)

2° APPRENDRE, SYNONYME DE CONTRAINTES


La mère des deux enfants de l'arrêt de bus ne dirait jamais à ses enfants "vous n'êtes pas sages" pendant qu'ils veulent faire leurs devoirs.
Et si, ces mêmes enfants, qui apprennent à comprendre les minutes dans la joie et l'amusement  à l’arrêt de bus, refusaient de "faire leurs devoirs", ils seraient durement sanctionnés ! Parce que attention les devoirs c'est une affaire sérieuse.

On ne peut pas apprendre en jouant. C'est le message véhiculé en France. Apprendre c'est quelque chose d' ennuyeux, de contraignant, de fatiguant.

Alors que les études scientifiques montrent que le jeu est efficace pour apprendre, on continue de transmettre des connaissances en usant et abusant de choses désagréables, de notes, de diplômes, de devoirs, de pages d'exercices ennuyeux, de cours à apprendre par cœur.

Les deux enfants de l’arrêt de bus apprenaient naturellement par le jeu.
"Selon une étude menée en 2009 pour le ministère de l'Éducation anglais2, la méthode clé qu'utilisent les jeunes enfants pour apprendre est le jeu"

Celui-ci contient en lui-même de nombreux facteurs qui permettent l'apprentissage :
  • Être en relation avec d'autres personnes, enfants et adultes, permet à l'enfant d'approfondir une sécurité émotionnelle et des aptitudes sociales et ainsi de se sentir supporté dans l'exploration d'idées et motivé pour continuer son apprentissage.
  • Être actif, pour apprendre et comprendre ses expériences, le jeune enfant est en mouvement constant. Une inactivité prolongée peut être le signe de trouble chez l'enfant.
  • Explorer de nouvelles choses et expériences, la curiosité profonde de l'enfant l'amène à utiliser tous ses sens pour explorer des activités de ses propres mains et ainsi lui permet de rassembler les informations dans son esprit pour structurer sa pensée et donner du sens au monde.
  • Se parler à soi-même, l'enfant structure sa pensée par un dialogue intérieur (ou extérieur) qui règle et clarifie la pensée, il le fait en jouant des rôles et répétant ses compétences.
  • Communiquer avec ceux qui réagissent à leurs idées et à ce qu'ils font, même avant qu'ils aient des mots pour parler, les enfants ont le désir de partager leurs idées par des sons, des gestes et le langage du corps. Parler aide les enfants à comprendre ce dont ils font l'expérience. Il est important pour eux qu'ils puissent exprimer leurs propres idées et de pouvoir discuter avec d'autres pour entendre de nouvelles idées, étendre leur pensée et utiliser le langage pour apprendre.
  • Représenter et reproduire leurs idées et expériences, Les enfants approfondissent leur compréhension à mesure qu'ils recréent leur expérience ou communiquent de manière différente leur pensée, dans des jeux de rôle ou des petits mondes où ils peuvent jouer avec des images, du mouvement, des modèles (marionnettes, poupées..) et des paroles.
  • Faire face à des défis physiques et mentaux, faire des essais, échouer, rencontrer des difficultés, persévérer, résoudre un problème, chercher par lui-même et faire une découverte est le moyen pour l'enfant de développer une véritable compréhension. Ces défis réalisés par le jeu préparent l'enfant aux situations de défis de la vie quotidienne.
  • S'informer sur comment faire quelque chose, les enfants apprennent de nouvelles compétences en observant les autres les mettre en pratique, ses pairs et les adultes qui lui montrent comment faire une chose lui sont précieux.
  • Pratiquer, répéter et mettre en application leurs compétences, les compétences que l'enfant souhaite maîtriser, les répète et les met en pratique tant qu'il trouve ces compétences agréables.
  • S'amuser, il n'y a pas de place pour l'ennui et les activités répétitives, le rire, le plaisir et la joie, parfois fantaisiste et sans signification aux yeux de l'adulte, est la meilleure condition pour favoriser l'apprentissage. Avec l'état d'esprit de jeu, l'enfant peut entreprendre toutes sortes d'activités qui ne sont parfois pas considérées comme du jeu." wikipédia

POURQUOI EN FRANCE CONTINUE-T-ON À ENSEIGNER
AUX ENFANTS DE MANIÈRE ENNUYEUSE ET SANS JOIE  ?


Alors pourquoi continue t-on en France à enseigner de manière ennuyeuse, sans joie et en niant complètement la méthode d'apprentissage naturelle utilisée par les enfants, le jeu ?

LES DIPLÔMÉS (LA FORMOISIE) FAVORISENT
L'APPRENTISSAGE ENNUYEUX


Bien travailler à l'école permet d'avoir de bonnes notes.
Avoir de bonnes notes permet de passer des diplômes et de les réussir.
Obtenir des diplômes permet d'avoir du travail et d'être mieux payé que ceux qui n'en n'ont pas.

Tout s'explique ou presque par ces quelques phrases.

POUR JUSTIFIER LES DIFFÉRENCES DE REVENUS,
IL FAUT DÉVELOPPER L’IDÉOLOGIE DU MÉRITE ET DE L'EFFORT


Il y a une sélection sociale qui engendre les inégalités. Donc, pour justifier que certains aient des revenus supérieurs à d'autres, il est important de développer l'idéologie du mérite, de l'effort ....
Parce que pour que les dominés acceptent leur sort, il faut bien un prétexte les amenant à se mentir et à ne pas se révolter.... Alors ils se disent :
"C'est de ma faute, j'ai fait le con à l'école"

Les diplômés aux revenus supérieurs au PIB moyen mondial sont une classe sociale la formoisie. Ils veulent que leurs enfants "réussissent" comme eux. C'est la reproduction de classe formoise.
Alors, eux qui connaissent les trucages, les normes scolaires etc... ne veulent pas que les classes dominées qui ne connaissent pas les trucages "réussissent"...
Un texte de 1993 démasquait cette classe sociale et ses méthodes.
"d) UNE NOUVELLE CLASSE EXPLOITEUSE : LA FORMOISIE
Passant outre cette erreur de Marx, j'avais donc produit, en 1993, le concept de « plus-value formation », la partie additionnelle à la production que la formation de certains travailleurs allait ajouter à leur production habituelle.
Il en découla la mise en lumière d'une lutte pour l'appropriation de cette production supplémentaire.
Une lutte opposant les travailleurs formés, les capitalistes et les travailleurs non formés. Cela induisit la création du concept de « bourgeoisie de la formation » ou « formoisie » qui devint le néologisme « Formoisie ». (Yanick Toutain revactu)"

C'est cette classe sociale, la formoisie, qui est à l'origine de l'idéologie de l'apprentissage dans la contrainte et qui est opposée à l'apprentissage par le jeu...

Comme les diplômés font parties des dominants au sens donné au mot par Henri Laborit, ils ont les médias et les "spécialistes pédagogiques" avec eux....

Danièle Sallenave, interviewée par Marianne sur sa vision de l'apprentissage, déclare :
"Apprendre est un combat que chaque enfant mène parfois contre lui-même : il faut valoriser ce combat, et lui faire sentir que chaque victoire est une source de joie." (Marianne, article Crise de repère et échec du système)
Cette vision de l'apprentissage est formoise. Comme l'apprentissage est un combat, celui qui est vainqueur de ce combat aurait donc des raisons de recevoir un salaire plus gros que son voisin...

Or, les postmarxistes savent que apprendre c'est tous les jours, c'est chaque minute de la vie. L'enfant apprend sans cesse, il observe, imite, répète, invente. Il ne combat pas.

Comme la bourgeoisie décrite par Max Weber dans "Ethique protestante et esprit du capitalisme", la formoisie a une vision anxiogène de la vie mais surtout de l'apprentissage...
Et cela, pour préserver ses avantages de classe.

Cela a pour conséquence que les parents des milieux défavorisés ne sachant pas trop comment faire pour que ses enfants "réussissent" écoutent ces gens là. A ses yeux, ils sont bien informés, alors qu'en fait, ils transmettent un apprentissage favorable aux classes dominantes.

3° LA LUTTE DE STRATE : LA STRATE DES RÉPÉTANTS
A LE LEADERSHIP EN FRANCE.
ILS SONT ATTACHÉS A L’ÉDUCATION TRADITIONNELLE

A la lutte de classe s'ajoute une lutte de strate entre les Répétants et les Innovants.
Et à l'école du 21° siècle en France ce sont les Répétants qui ont gagné.
"Depuis le Paléolithique, la strate* des Innovants est spoliée par la strate des travailleurs répétants et la strate des parasites. Les premiers ont fait
1° les découvertes (scientifiques : physique, arithmétique (les nombres), biologie animale, géographie, la connaissance du caractère nécessairement quantique de la science (Puthagoras-Pythoagore), la connaissance de la révolution terrestre (Philolaos), la connaissance des atomOs et du vide,(Democritos, Epicuros, Titus Lucretius), la connaissance des lois de la gravitation (Galileo Galilei), les lois philosophiques (Engels) les lois gnoséologiques (Lénine) , la connaissance des lois
principales de la lumière (Newton, etc..).),
2° les inventions (principalement technologiques, le langage, les lettres, les chiffres, les systèmes de numération, les techniques de chasse et de pêche, l'agriculture, les techniques de poterie etc etc, les gammes principales (basées sur la multiplication par 2 puissance (X/12)), (Puthagoras)
Le moteur Google, les tableurs, les logiciels de rédaction, Facebook etc appartiennent à ce groupe.
3° Les créations artistiques : depuis les fresques de Lascaux jusqu'aux chansons et aux harmonies vocales de Crosby Stills Nash and Young)"
(
samedi 29 janvier 2011 Une brève histoire de l'Humanité. Lutte des strates, innovants, révolution de civilisation, droits d'auteurs ancestraux, investissement démocratique et salaire unique mondial Yanick Toutain revactu)
La strate des Répétants produit en répétant le monde tel qu'il existe sans rien apporter pour le modifier.
La strate des Parasites vit sur le dos des deux précédentes strates sans rien produire.

4° LES ENFANTS, MEMBRES DE LA STRATE DES INNOVANTS

Il y a une lutte entre ces trois strates.
Et l'humanité a principalement évolué grâce à la strate des Innovants. Si aucune invention et découverte n'avait été faite, nous serions toujours à l'âge de pierre.
Les enfants appartiennent tous à la strate des Innovants et ils sont usés par les adultes répétants et parasites qui les transforment en Répétant ou Parasite.
"Cela vient donc se surajouter à une autre découverte assez récente : le fait que tous les enfants sont membres de la strate des Innovants, eux-aussi. Le fait que c'est la pression conjointe des Parasites, des Répétants (et des Innovants corrompus : les fascistes HADOPI par exemple) qui les force à quitter la strate des Innovants pour glisser vers celle des Répétants." (Revactu)

Ce que l'on observe au niveau des débats sur l'apprentissage, c'est une lutte entre la strate des Répétants et des Innovants.
Victimes des Répétants, dans les écoles, les enfants répètent inlassablement les mêmes exercices d'entraînement jusqu'à ce que "la notion soit acquise".
Pire : on fait redoubler les enfants en prétendant qu'en refaisant la même année on va mieux réussir ( le redoublement est remis en cause actuellement par les institutions sous la pression des études statistiques mais les partisans du redoublement sont souvent majoritaires dans les écoles).

DÉTRUIRE LES ENFANTS, DÉTRUIRE LES INNOVANTS

Comme le souligne Henri Laborit, on apprend avant tout la servitude aux enfants.
"Mieux vaut alors fournir à l'enfant une "bonne" éducation, capable avant tout de lui permettre de trouver un "débouché" professionnel honorable. On lui apprend à "servir" autrement dit on lui apprend la servitude à l'égard des structures hiérarchiques de dominance" p 72 Éloge de la fuite
Les pédagogies dites traditionnelles apprennent avant tout à obéir et à servir la classe dominante. Roger Establet, en s'appuyant sur les résultats du rapport PISA, montre que la France est championne des inégalités sociales.

"D’abord, la France possède le record des inégalités sociales. C’est dans notre
Roger Establet,
auteur de L'élitisme républicain
pays que l’écart de points entre les élèves dont le statut économique social et culturel des parents est élevé et ceux dont le statut économique social et culturel est faible reste le plus élevé. En culture scientifique, il est de 122 en France alors qu’il n’est que de 63 en Finlande, 68 au Canada et 87 en Espagne. En compréhension de l’écrit et en mathématiques, nous sommes avant derniers, ce qui n’est pas plus glorieux. Cela montre qu’il y a des pays qui parviennent à limiter les inégalités, mais que ce n’est pas le cas de la France. On voit aussi que les systèmes qui atténuent les inégalités possèdent une efficacité globale plus forte. Les pays de l’OCDE qui limitent les effets de l’héritage social et culturel sont caractérisés par un meilleur niveau scolaire. Les systèmes scolaires les moins inégalitaires socialement sont aussi les plus efficaces. " (Interview de Roger Establet par le magazine l'Etudiant, Roger Establet développe cette théorie dans son livre, L'élitisme Républicain)
En France la pédagogie est répétante pour être adapté aux enfants des diplômés.

Ces enfants, les enfants de la haute formoisie sont aussi des victimes. Cette pédagogie archaïque leur désapprend à créer et innover.
Il n'y a qu'à comparer les dessins d'enfants de maternelle et de CM2... On voit le résultat de nombreuses années de déni de la créativité !
Ce n'est donc pas seulement une lutte contre la pédagogie amusante, ce n'est pas seulement un combat mené contre les deux petits enfants de l'arrêt de bus par une mère conforme à l'idéologie formoise, mais c'est aussi une destruction des Humains en tant qu'Innovants dont sont victimes les enfants.
En conséquence, tant que les Innovants n'auront pas le leadership, on continuera à abîmer les enfants, à casser leur capacité d'Innovants en leur apprenant à obéir.