lundi 11 mai 2015

Liberté volée, nom volé, Histoire volée : le sort tragique des esclaves et de leurs descendants en Amérique

De la négation du véritable nom des esclaves
à la négation de l'histoire de l'esclavage aux États-Unis

Par Julie Amadis
Le 11/05/15

"... alors, oui, je ressens de la culpabilité...
...on se rend compte petit à petit
que la richesse de cette partie du monde
-une richesse dont j'ai profité-
a été crée par un demi-million de Noirs réduits en esclavage.

Comment se fait-il que nous soyons
incapables de le reconnaitre ?"
John Cummings fondateur
du musée de l'esclavage de la plantation Whitney "


Alex Haley a écrit
une biographie de Malcolm X
 
"Mon père n'a pas connu son nom de famille.
Mon père a obtenu son nom de famille de son grand-père
et son grand-père l'a obtenu de son grand-père
qui l'a obtenu du propriétaire d'esclaves.
Nos vrais noms ont été détruits pendant l'esclavage.
Le nom de famille de mes ancêtres en Afrique
est resté le même jusqu'à l'arrivée en Amérique
et ensuite quand ils sont devenus esclaves,
on a donné le nom du maitre d'esclaves,
que nous refusons, nous rejetons
ce nom aujourd'hui et le refusons.
Je ne le reconnaitrai jamais.
"
(Malcolm X)



Malcolm X expliquait dans l’émission TV "City Desk" à Chicago le 17 mars 1963 pourquoi il avait
Malcolm X
Révolutionnaire Américain
( - )
choisi de se nommer X :

"My father didn’t know his last name. My father got his last name from his grandfather and his grandfather got it from his grandfather who got it from the slave-master. The real names of our people were destroyed during slavery. The last name of my forefathers was taken from them when they were brought to America and made slaves, and then the name of the slave-master was given, which we refuse, we reject that name today and refuse it. I never acknowledge it whatsoever." (source : le Vrai Post)






  

EN DEVENANT ESCLAVE, LES AFRICAINS KIDNAPPES
ONT PERDU LEUR NOM D'ORIGINE
EN MÊME TEMPS QU'ILS SONT DEVENUS ESCLAVES

Les esclaves ne possédaient même pas leur nom.
C'était celui du maître. Pour faire oublier leur ancienne vie en Afrique - une vie de liberté - il fallait leur voler toute leur identité. Et donc leur nom.



Alex Haley, écrivain et journaliste a fait une biographie de  Malcolm X. Le choix de Malcolm de se nommer X a interpellé Alex et l'a amené à questionner sa tante qui lui a répondu :

« Nous, on le connait notre nom,c 'est Kinté »
Alors Alex Haley s'est dit moi qui connais mon nom, j'ai le devoir de retrouver l'histoire de ma famille et de la faire connaitre.
 C'est cette quête de l' histoire de sa famille qui est retranscrite dans un "familiographie" romanesque "Racines" en 1976.
Ce livre sera adapté pour la télévision en 6 épisodes et porté à l'écran entre le 23 et le 30 janvier 1977.

En voyageant jusqu'en Afrique, Alex Haley a refait toute la généalogie de sa famille jusqu'à son ancêtre.
Dans la mémoire d'un griot, il a retrouvé la trace de Kounta Kinté , son ancêtre capturé dans son village en Gambie.
Alex Haley est allé jusqu'en Gambie dans le village où Kounta Kinté avait été capturé pour être envoyé en Amérique et vendu comme esclave.
"Parallèlement, dès 1964, les histoires familiales qu'Alex Haley avaient entendues dans sa jeunesse le poussent à étudier son ascendance maternelle, d'origine africaine. Haley conduit sa recherche dans la bibliothèque du Congrès et en Grande-Bretagne, où les compagnies maritimes affrétaient les convois esclavagistes. Il consulte des linguistes pour mieux connaître la langue du pays dont il pense être originaire - la Gambie.
S'étant rendu au petit village de Juffureh, en Gambie, il rencontre un griot. Celui-ci lui donne un exposé oral de l'histoire tribale de Mandinka sur sept générations, jusqu'à l'histoire du jeune Kunta Kinte guerrier mandingue musulman qui s'est fait piéger dans la forêt en recherchant du bois pour faire un tambour." (wikipédia)
Il raconte cela dans son film Racines. Ce feuilleton retrace l'histoire de sa famille au fil des générations de Kounta Kinté jusqu'à Alex Haley lui-même.
L'émotion ressentie les spectateurs de cette série provient du fait qu'elle touche profondément à ce que nous sommes, les humains. Et c'est sans doute pour cette raison que Racines a eu un énorme succès.
"Quand la chaîne ABC (American Broadcasting Company) diffusa pour la première fois la série, celle ci pris le monde par surprise et créa une onde de choc à travers la diaspora noire, et à travers tous les Etats-Unis. C’était au cours de la dernière semaine de janvier 1977. La lutte pour les droits civiques en Amérique du Nord, et les mouvements anti-colonialistes africains avait popularisé dans le monde le problème de la condition des Noirs. Cependant, le succès de la série prit son créateur Alex Haley et la chaîne ABC par surprise. Celle ci craignant que le sujet abordé ne fasse chuter les audiences et diminuer le nombre de téléspectateurs avait en effet diffusé les huit épisodes de la série en seulement une semaine.
Mais "Racines" dépassa largement les attentes en réunissant un des publics les plus larges jamais rassemblé pour une série dramatique dans l’histoire de la télévision aux Etats-Unis. "(Grioo)
Alex Haley, en mettant en lumière les origines africaines de ces milliers d'"American Africans" leur a redonné une fierté.

LA CULPABILITÉ DES AMÉRICAINS VIS A VIS DE L'ESCLAVAGE

L'esclavage aux États Unis est un tabou. Sans doute parce que les descendants des esclaves y sont opprimés, eux aussi.
La classe dirigeante et les membres bien conformistes de cette société ne souhaitent pas qu'on leur rappelle d'où vient leur racisme.
Surtout au moment où la police assassine quasiment impunément ceux qui ressemblent à ces esclaves.
Les réactions d'une partie de la population face au projet devenu réalité de construction d'un musée de l'esclavage est révélateur de la mentalité de nombreux Américains à la peau rose claire en ce qui concerne le passé esclavagiste des États Unis.


LE MUSÉE DE LA PLANTATION WHITNEY

Un riche Américain, John Cummings a décidé d'utiliser son argent pour créer un musée en mémoire de l'esclavage. Il a transformé une ancienne plantation en musée. La plantation Whitney, située à 50 km de la Nouvelle-Orléans est donc devenue un musée.
A son apogée économique, Whitney Plantation englobait 1.700 hectares, la plus grande partie plantés en canne à sucre. La famille Haydel qui a fondé la plantation a été l'un des plus grands propriétaires d'esclaves en Louisiane. En 1860, ils possédaient 101 esclaves noirs, tous figurant sur un inventaire avec leurs prénoms, âges, sexes, couleur de peau, compétences professionnelles et pays d'origine. Deux des 101 étaient des esclaves "marrons", ou fugueurs, et supposés s'être réfugié dans un marais voisin. (source The New Orleans Advocate)
Son projet n'est compris ni par son entourage, ni par ceux qui sont descendants d'esclavagistes... Il est très critiqué dans la région où il vit :
Le musée sur l'esclavage
de la plantation Whitney
en Louisiane
fondé par
John Cummings
"On m'a posé des tas de questions, explique Cummings. On a dit que c'était la culpabilité blanche qui sous tendait ma démarche. On a prétendu que le petit Blanc voulait essayer de se faire de l'argent sur l'esclavage. Mais en fait tout se résume à une chose : est-ce que vous, vous ne pensez pas que l'histoire de l'esclavage est quelque chose d'important".(Courrier International n°1277, Extrait du New York Times)

LA "SPLENDEUR DISPARUE" DU SUD ESCLAVAGISTE

Son musée est le seul aux alentours. Les autres plantations ont une fonction esthétique pour les touristes. Jamais personne n'a eu l'idée de rappeler l'histoire de l'esclavage.
"Mais les plus voyantes (les plantations) sont celles qui ont été restaurés à l'intention des touristes, pour les replonger dans la splendeur disparue du Sud profond - l'époque des mint juleps (cocktails à base de bourbon), des jardins soignés et des crinolines - en évitant soigneusement de rappeler qu'une telle splendeur n'était possible que grâce à l'esclavage d'êtres humains à la peau noire."
John Cummings est un homme à part. Une exception parmi ces riches Américains à la peau clair descendant de maitres esclavagistes. Lui se sent coupable et souhaite raconter l'horreur de l'esclavage.

Ce fondateur du musée de l'esclavage est lucide sur les raisons de l'hostilité américaine face à cette période historique. Il explique que toute la richesse des États Unis existe parce que on a mis en esclavages des millions d'Africains !
"S'il existe pas de meilleur terme que "culpabilité" alors, oui, je ressens de la culpabilité, avoue-t-il. Ce que je veux dire, c'est qu'on se rend compte petit à petit que la richesse de cette partie du monde-une richesse dont j'ai profité-a été crée par un demi-million de Noirs réduits en esclavage. Comment se fait-il que nous soyons incapables de le reconnaitre ?"

LES USA CONTINUENT A EXPLOITER LE MONDE ENTIER

Si comme le dit Cummings l'Amérique est "incapable de reconnaitre" que sa richesse provient du travail des esclaves c'est parce que ce pays continue à exploiter !
Ils exploitent le monde entier.
L'esclavage moderne, avec ses salaires à 50 euros, à 40 euros par mois, il est encore présent partout. Il est présent en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie.

vendredi 26 avril 2013


32€ par mois: 230 morts au Bangladesh, 230 morts du capitalisme pour des salaires de misère.


Dessin représentant Abdoulaye Camara
tué le 16 décembre 2014 de 10 balles
par 2 policiers au Havre jamais poursuivis


VOLER LA LIBERTÉ, VOLER L'HISTOIRE

Pour écraser psychologiquement une personne et la soumettre, il faut nier son histoire.
Les esclavagistes américain du XVII° siècle ont commencé en supprimant le nom d'origine des Africains qu'ils avaient achetés.
Aujourd'hui en 2015, la classe dominante américaine continue d'opprimer les Étasuniens qui ont la peau foncée et pour se faire elle nie leur histoire, l'histoire de l'esclavage.

Chacun doit se rappeler la phrase phare répétée au fil des générations par les descendants de Kounta Kinté :


« Le premier esclave n'a pas toujours été esclave. Il était libre en Afrique." 
La plupart des Africains étaient libres et heureux avant que les Européens n'arrivent et ne les entraînent dans des navires pour les transformer en esclaves.
Avec l'aide des guerriers locaux esclavagistes, les puissances européennes les ont transformés en esclaves.
Mais après l'abolition de l'esclavage officiel, l'abolition de la vente d'humains, un autre esclavage a été mis en place. Il a pris pour nom "colonialisme" puis "néo-colonialisme".
Les Africains travaillent pour 10% même 5% de leur salaire normal, mais sur place, en Afrique même.
Un paysan de Bolloré reçoit 50 euros par mois pour un travail qui serait payé plus de 1000 euros en France.
Le racisme a été soigneusement entretenu pour pouvoir payer un Africain 20 fois moins qu'un Européen ou qu'un citoyen des USA et le laisser crever !
100 millions d'enfants morts en Afrique en 25 ans !

100 millions d'enfants morts en 25 ans en Afrique ! Un génocide sanitaire Franceàfric 1990-2014

Les êtres humains à la peau foncée qui vivent dans les pays au passé esclavagiste et aux pratiques néo-esclavagistes  subissent ce racisme. Un racisme qui justifie l'esclavage actuel, les salaires 20 fois inférieurs.
C'est de ce racisme dont sont morts Freddie Gray, Abdoulaye Camara, Mohamed Rajhi et tous les autres...

Freddie Gray a été tué à Baltimore par des policiers racistes aux États Unis
Abdoulaye Camara a été tué au Havre par des policiers racistes en France.

L'histoire de l'esclavage est tabou parce que l'oppression raciste continue !



lundi 27 avril 2015

Les enfants apprennent mieux quand on leur permet d'être utile (#IpEaVàEaFàF)

Les enfants apprennent mieux quand on leur permet d'être utile (#IpEaVàEaFàF)


Quelques unes des marionnettes qu'avaient fabriquées
mes élèves de CE1 en décembre 2013 pour le spectacle
devant les parents d'élèves. Le rapport d'inspection n'a vu
aucun travaux artistiques cette année de mon exclusion.
par Julie Amadis
#IpEaVàEaFàF
écrit le 11/10/14
Publié le 27/04/15

L'enthousiasme de mes élèves quand il s'agissait d'être utile aux autres est sans commune mesure avec toutes les autres activités qu'aiment traditionnellement les enfants comme  les sorties scolaires, les activités de découverte etc....

RACONTER AUX "PETITS" DES HISTOIRES EN ANGLAIS (2012-2013)

En 2012-13, quand mes élèves de 9-10 ans (CM1) allaient chez les "petits" de 6-7 ans (CP-CE1) leur lire des livres en anglais,  ils amélioraient considérablement le ton, l'accent, le vocabulaire en anglais. Un élève (bilingue) dont l'anglais était la langue maternelle et arrivé en France à l'âge de 6 ans était le conseiller technique de toute la classe : c'est lui qui veillait dans tous les groupes d'enfants à l'utilisation du bon accent.

DES EXPOSES EN CLASSE DEVANT LES CAMARADES PUIS POUR UN SITE D'ÉCOLE QUI DEVIENNENT UN "SPECTACLE D'EXPOSÉS" DEVANT 70 PARENTS D'ÉLÈVES ET FAMILLES (école Dauphine au Havre juin 2012)

En 2011-2012, les exposés des élèves de CE2 (8-9 ans) étaient faits devant leurs camarades : 3 élèves au tableau décrivaient un thème librement choisi. Puis, ces exposés étaient rédigés pour les mettre sur le site de l'école. Enfin, ces exposés furent présentés dans un spectacle de fin d'année aux parents. Avec un grand écran présentant les images et les photos préparées sur ordinateurs par les enfants en groupes de 3.
Tout ce travail de préparation leur avait fait faire des progrès importants en rédaction, en recherche d'informations et en culture générale.
Adultes, témoins de leur exposé, nous avions été stupéfaits par le travail de précisions et de sérieux de ces élèves qui n'avaient que 8 et 9 ans !

UN SPECTACLE DE MARIONNETTES ÉCRIT, JOUE, MIS EN SCÈNE ET PRÉSENTÉ AUX PARENTS D'ÉLÈVES PAR DES ENFANTS DE 7-8 ANS (école Valmy Le Havre décembre 2013)

 J'ai pu constater la créativité des enfants et leur capacité à se surpasser quand il s'agissait d'informer, de faire passer un bon moment aux spectateurs, de faire rire les autres.
Des enfants de CE1 (aucun n'avait huit ans) avaient réalisé un spectacle de marionnettes entre novembre et décembre 2013.
Ils se montrèrent capables d'inventer seuls des histoires (voir en bas de la page) après avoir choisi eux-mêmes quels en étaient les personnages.
Pendant le spectacle du 20 décembre 2013, ils ont fait mourir de rire à 2 reprises une salle de plus de 60 personnes
Les enfants aident aussi leurs camarades spontanément et quand on les laisse pouvoir le faire, ils sont contents d'apprendre pour pouvoir expliquer aux autres ensuite.

APPRENDRE POUR ÊTRE UTILE AUX AUTRES
OU "L'ENSEIGNEMENT POUR L'ENSEIGNEMENT"




Where is Spot ? de Eric Hill est l'un des livres que les CM1 que j'avais une fois par semaine lisaient aux CP et aux CE1. Ils revenaient dans la classe enthousiasmés de la réaction des plus petits. Et les collègues des classes de cours préparatoires me disaient que "leurs élèves attendaient avec impatiente la venue des plus grands"

Dans mes classes, les enfants étaient tous très enthousiastes et actifs quand il s'agissait de construire quelque chose de concrètement utile qui allaient servir à d'autres.
Apprendre pour soi uniquement n'a pas toujours de l’intérêt. L'humain a vocation à être utile. Les enfants ne font pas exception, bien au contraire.
Demandez à des enfants de vous aider à porter des chaises...
Tous se battront pour venir vous aider.
Il faut donc tenir compte de cette volonté d'"utilité dans l'apprentissage" et mettre en relation apprentissage et utilité sociale.

IVAN ILLICH CRITIQUAIT
L'"ENSEIGNEMENT POUR L'ENSEIGNEMENT"


Ivan Illitch critiquait justement cette pensée éducative de "l'enseignement pour l'enseignement".
"Où trouverait-on à l'école les conditions propres à encourager la libre expérimentation des connaissances acquises, la découverte personnelle ? (C'est cette définition que je voudrais donner à l'expression "éducation libérale" que j'utiliserai par la suite.) Ces conditions ne se rencontrent pas dans l'établissement scolaire parce que l'élève est contraint d'y être, parce que la doctrine c'est "l'enseignement pour l'enseignement". Il est donc là en résidence surveillée, en compagnie d'enseignants, et la récompense qui lui est promise c'est d'y demeurer un peu plus longtemps ..." (Ivan Illitch, Une société sans école, p 37)

LA PÉDAGOGIE DE L'ENTRAIDE :
APPRENDRE C'EST POUVOIR AIDER LES AUTRES


Dans ma première classe de CP à la Providence en 2008/2009 (je n'étais pas titulaire et avait un mi temps dans cette classe), je pratiquais l'entraide clandestinement. (J'avais été virée de mon précédent poste d'Assistante Pédagogique j'avais été virée de mon précédent poste d'Assistante Pédagogique après avoir témoigné de violences à enfants.par un inspecteur pro-violences après avoir témoigné de fessées sur des enfants de 3 ans.)
Je ne m'en vantais pas auprès de mes collègues. J'étais nouvelle et débutante.

L'ENTRAIDE, MEILLEUR SOUVENIR DE L’ANNÉE


En fin d'année, j'avais demandé aux enfants :
 "Quel a été votre meilleur souvenir cette année ?".
Pauline avait répondu "ce que j'ai préféré c'est aider Yanis". Et Yanis avait ensuite répondu de même pour Pauline.
Ce n'était pas les sorties, ni les projets mis en place, ni même le carnaval qui les avaient marqués mais l'entraide, le sentiment d'être utile et les liens de camaraderie qui en découlait.

Yanis était un enfant qui avait décroché en début d'année. Il était arrivé dans cette école privée après s'être fait virer de la cantine de l'école publique où il se trouvait auparavant.
Dès mon premier jour d'école, il s'était fait remarquer parce qu'il avait découpé son tee shirt. Ensuite, pour la débutante que j'étais, il avait été difficile de le canaliser.
Son échec scolaire précoce l'amenait à être en rébellion constante. Il arrivait qu'il pousse des colères et fassent tomber délibérément toutes ses affaires de sa table.

Pauline était aussi une élève en échec, qui redoublait son CP, qui n'osait jamais. Elle avait perdu confiance en elle.

DES PROGRÈS ÉNORMES PAR L'ENTRAIDE


Ces deux enfants là ont beaucoup progressé à tous points de vue. Yanis est devenu un élève apprécié des autres, un élève heureux de commencer à réussir, à savoir lire, écrire et compter. Un élève qui voulait toujours montrer qu'il savait. Et j'ai commencé à le voir se transformer en élève gentil avec les autres et enthousiaste à apprendre quand il était en position d'être aidé et d'aider.

Et Pauline osait enfin s'exprimer devant le groupe classe. Au quoi de neuf, elle s'inscrivait de plus en plus souvent, elle levait aussi de plus en plus souvent la main pour répondre à des questions de la maîtresse, n'était plus seule à la récréation et jouait avec des camarades. Elle avait aussi davantage confiance en elle, elle essayait de faire les activités. Des progrès ont aussi été constaté dans les diverses disciplines scolaires (mais de façon moins nette qu'au niveau des attitudes face au savoir et avec les autres)

INVENTER DES MÉTHODES OU DES ACTIVITÉS
POUR AIDER LES AUTRES

Cette méthode je l'ai appliquée dans mes autres classes jusqu'à ma suspension puis mon exclusion.

J'ai toujours vu les élèves se dépêcher de finir une activité pour pouvoir aider quelqu'un.

Ce qui faisait le plus plaisir aux élèves, c'était d'inventer des méthodes ou des activités pour aider les autres. J'ai vu beaucoup d'innovations de la part des enfants pour aider les enfants roumains de la classe à apprendre à parler, lire et écrire en français.
Au début, je les voyais reprendre les mêmes activités que les miennes puis ensuite ils se sont mis à inventer des jeux de cartes, à faire des petites activités sur l'ardoise que je n'avais pas déjà faite....

Aider les autres, les enfants aiment ça. Et encore plus quand ils peuvent aider en prenant des initiatives.

MONTER DES PROJETS A VOCATION D’UTILITÉ SOCIALE SUSCITE MOTIVATION ET ENTHOUSIASME CHEZ LES ENFANTS


Marionnettes fabriquées par les élèves de CE1
Chaque enfant a crée la marionnette du personnage de son histoire

Ce sont les marionnettes qui servaient à
s'entraîner. Il n'y avait pas encore de projet
de spectacle à ce moment là


Patapouf le personnage principal d'une des histoires
marionnette fabriquée grâce à des matériaux apportés
spontanément par les enfants












Quand les projets ont vocation à être utiles socialement, les élèves sont très enthousiastes.
Mes élèves de l'an dernier avaient inventé des histoires.
Ils avaient l'habitude de les mettre en scène avec des marionnettes toutes faites que j'avais achetées.
Ils adoraient ça. Mais quand il s'est agit d'organiser un spectacle pour les parents, leur motivation a grandi.

DE NOUVELLES IDÉES TOUS LES JOURS

Ils avaient toujours de nouvelles idées pour le spectacle. Ils apportaient du matériel pour la fabrication des marionnettes tous les jours, s'entraînaient à la récréation, débattaient de leur histoire, entraînaient ceux qui avaient plus de difficultés pour que ce soit réussit ....


Le spectacle de marionnettes. Il y avait un conteur sur le côté. Et les autres enfants derrière le castelet.
L'apprentissage va de pair avec l'utilité sociale.

DEWEY, DECROLY ET FREINET PERMETTAIENT
AUX ÉLÈVES DE DEVENIR DE PETITS JOURNALISTES

Dewey (Etats Unis) et Decroly (Belgique) furent les premiers à mettre en place le journal scolaire dans leur classe respective.
Les journaux scolaires de la classe de Decroly s’appelaient "L'écho de l'école" en 1917, puis "Le courrier de l'école" en 1925. Son idée est de permettre aux élèves de chaque classe de s'exprimer librement.


Celestin Freinet reprendra cette idée et la développera. Tous inscrivaient leur pédagogie dans une action plus globale au sein de la société.
Les élèves créaient un journal. Il y a donc des décisions à prendre. Et pour créer quelque chose, il faut coopérer et prendre des initiatives.
L'enfant n'est plus spectateur mais acteur.

RENDRE PUBLICS LES ÉCRITS DES ÉLÈVES
LEUR DONNE UNE FONCTION SOCIALE ET LES MOTIVE
UN BLOG D'ECOLE DAUPHINE 2011-2012

La directrice de l'école Dauphine au Havre, dans laquelle je me suis retrouvée lors de ma première année en tant que fonctionnaire stagiaire, avait compris l'importance de mettre en valeur les travaux des élèves. Elle avait crée un blog d'école. Mes élèves de CE2 faisaient les exposés de leur choix et leurs écrits étaient sur le site.(Ces traces ont toutes été effacées depuis) Les familles des enfants mettaient des commentaires souvent très touchants pour encourager leur enfant et les autres élèves. La dynamique dans la recherche d'information et le désir d'écrire étaient beaucoup plus grandes que lorsque j'organisais la discipline production écrite sans montrer à quiconque le rendu des productions. 

LES JOURNAUX SCOLAIRES DE CELESTIN FREINET

Freinet et Dewey iront plus loin que Decroly sur cette question. Freinet va se battre pour que les journaux de sa classe soient considérés au même titre que n'importe quel périodique. Michel Barré, ami de Ceslestin Freinet, témoigne :
"En 1951, lorsque Freinet demanda à obtenir ce tarif pour les journaux scolaires, on lui répondit officiellement que c'était "réservé aux organes d'information et de culture". Travaillant alors à son secrétariat, je me souviens de sa colère. Il me demanda d'acheter au kiosque de la gare une sélection de ce qui existait de plus nul dans la presse dite du cœur et les journaux pour enfants, bénéficiant du statut de périodiques.
Mon choix était si caractéristique que j'étais honteux de payer mon achat. Nous avons préparé un dossier significatif où figuraient aussi des extraits de journaux scolaires, qui fut distribué aux parlementaires.
Il fallut pourtant des années pour obtenir, à condition de centraliser les demandes à l'ICEM, que les journaux des enfants soient considérés comme de vrais périodiques."

Michel Barré (source)
Dewey aura lui aussi ce souci de rendre publique les articles de ces élèves.
»
« Ajoutons que l'école a acheté le journal local et qu'elle imprime un numéro hebdomadaire de quatre pages contenant des nouvelles locales et scolaires. Ce sont les élèves qui vont aux nouvelles composent la plupart des articles et les impriment. Ils s'occupent également de la gestion administrative du journal, sollicitant ici et là des annonces et des abonnements. Les professeurs de langue les aident quand besoin est.» (Amélie Hamaide, extrait de son livre, La méthode Decroly, repris par Christian Poslaniec)
Le feed back du public et l'utilité de donner des informations et rendre des lecteurs heureux de lire leurs écrits amènent les enfants à être très motivés par ce qu'ils sont en train de faire.

La motivation des élèves est énorme. Je l'ai vu dans mes classes.
Elise Freinet la décrit très bien :
" Les devoirs sont faits avec plus d'élan. On y sent plus de liberté, plus d'expansion, et parfois comme une joie sous-jacente à s'exprimer, à dire ses pensées. Après correction du maître, les meilleurs sont combinés par une équipe, corrigés et recorrigés par les rédacteurs eux-mêmes." (Freinet, Élise, 1981, p. 228, Naissance d'une pédagogie populaire. Historique de l'école moderne)
Les études scientifiques montrent que plus les élèves sont motivés, mieux ils réussissent.

Thérèse Bouffart, chercheuse à l'Université du Quebec à Montréal, écrit :
"La motivation des élèves fait partie des facteurs les plus déterminants
sur lesquels repose la réussite scolaire.
Or, cette motivation est sensible et tend à baisser au fur et à mesure de la progression dans le système scolaire."(source)
Laissons les enfants se rendre utile. Intégrons les apprentissages dans une perspective d'entraide et de projet. Les enfants seront plus heureux, plus enthousiastes à apprendre. Et peut être que les résultats PISA seront meilleurs qu'ils ne le sont actuellement.

Henri Laborit, Sophocle et Antigone: La fuite et la résistance. La victoire est au bout des deux chemins


par Julie Amadis
#IpEaVàEaFàF
27/04/15

(écrit le 2/10/14)


"On sort toujours gagnant d'un combat éthique"
cf infra.

 "..dans le monde où règne le principe
de réalité, la soumission et la révolte, la dominance
et le conservatisme auront perdu pour le fuyard leur
caractère anxiogène et ne seront plus considérés que
comme un jeu auquel on peut, sans crainte,
participer de façon à se faire accepter par les autres
comme « normal ». Dans ce monde de la réalité, il
est possible de jouer jusqu'au bord de la rupture avec
le groupe dominant, et de fuir en établissant des
relations avec d'autres groupes si nécessaire, et en
gardant intacte sa gratification imaginaire, la seule
qui soit essentielle et hors d'atteinte des groupes
sociaux.
Ce comportement de fuite sera le seul à permettre
de demeurer normal par rapport à soi-même, aussi
longtemps que la majorité des hommes qui se
considèrent normaux tenteront sans succès de le
devenir en cherchant à établir leur dominance,
individuelle, de groupe, de classe, de nation, de
blocs de nations, etc.
L'expérimentation montre en
effet que la mise en alerte de l'hypophyse et de la
corticosurrénale, qui aboutit si elle dure à la
pathologie viscérale des maladies dites
«psychosomatiques», est le fait des dominés, ou de
ceux qui cherchent sans succès à établir leur
dominance, ou encore des dominants dont la
dominance est contestée et qui tentent de la
maintenir."
(Henri Laborit, Eloge de la fuite)


ce beau dessin vient du site
de Philippe Remacle dans l'édition
bilinguegrec-français d'Antigone

KRÉÔN.
Et ainsi, tu as osé violer ces lois ?

ANTIGONÈ.
C’est que Zeus ne les a point faites, ni la justice qui siège auprès des dieux souterrains. Et je n’ai pas cru que tes édits pussent l’emporter sur les lois non écrites et immuables des dieux, puisque tu n’es qu’un mortel. Ce n’est point d’aujourd’hui, ni d’hier, qu’elles sont immuables ; mais elles sont éternellement puissantes, et nul ne sait depuis combien de temps elles sont nées. Je n’ai pas dû, par crainte des ordres d’un seul homme, mériter d’être châtiée par les dieux. Je savais que je dois mourir un jour, comment ne pas le savoir ? même sans ta volonté, et si je meurs avant le temps, ce me sera un bien, je pense. Quiconque vit comme moi au milieu d’innombrables misères, celui-là n’a-t-il pas profit à mourir ? Certes, la destinée qui m’attend ne m’afflige en rien. Si j’avais laissé non enseveli le cadavre de l’enfant de ma mère, cela m’eût affligée ; mais ce que j’ai fait ne m’afflige pas. Et si je te semble avoir agi follement, peut-être suis-je accusée de folie par un insensé. (Antigonè Sophocle Wikisource)

LIRE AUSSI : Je n'avais pas lu son livre "Eloge de la fuite" ! Henri Laborit expliquait l'attitude de l'administration et de mes collègues

 L'ARME DE L'ANALYSE ET DE L'INTELLIGENCE
FACE A L'ARME DE LA MÉDISANCE ET DU POUVOIR

Je donnais hier en conclusion de mon article - et en exergue - cette citation fondamentale de Henri Laborit :
 "Ce sont les confréries qui s'attaquent aujourd'hui à l'homme seul, et si celui-ci a le malheur d'accepter la confrontation, elles sont sûres de la victoire, car elles exprimeront le conformisme, les préjugés, les lois socio-culturel du moment." (Eloge de la fuite)
La victoire, l'Inspecteur de circonscription, les Inspecteurs d'Académie de Rouen et du Havre, mes deux directeurs d'école,  mes collègues l'ont obtenue:
Je suis exclue de l'Education Nationale.
Mais quelle victoire .ont - ils obtenue ?
Une victoire administrative.
Je suis exclue sans même qu'ils respectent la jurisprudence. Celle-ci prévoit un revenu de remplacement. (tribunal administratif de Paris le 4 février 1988)
"Résumé : 16-06-07, 16-06-08, 36-08-03, 36-09 L'agent titulaire d'une commune exclu de ses fonctions pour une durée d'un an doit être regardé comme involontairement privé d'emploi au sens de l'article L. 351-1 du code du travail et a droit au revenu de remplacement prévu par cet article "
 Je ne suis plus dans leur institution...
L'inspecteur a même porté plainte contre moi pour un commentaire Youtube. J'ai été arrêtée par la BAC dans un café.  Ils pensent m'avoir de la sorte discréditée ....
Ils pensent pouvoir continuer à protéger les agresseurs d'enfants dans les écoles en toute impunité ....
Henri Laborit, s'il vivait encore (et serait centenaire né le 21 novembre 1914 ) et s'il connaissait cette histoire, me dirait peut être, que "c'est une défaite" et qu'il fallait fuir.

UNE VICTOIRE DE FAÇADE

Mais pour les "vainqueurs", pour ceux qui m'ont exclue pour deux ans, tout cela n'est qu'une victoire de façade....
La vraie victoire, la victoire éthique, c'est notre camp - le camp de ceux qui défendent les enfants - qui l'avons gagnée.

ON SORT TOUJOURS GAGNANT
D'UN COMBAT ÉTHIQUE

On sort toujours gagnant d'un combat éthique. On en sort plus humain... Et le fait qu'on ait pu résister malgré toutes les répressions montre que c'est possible... Et donc ce n'est pas perdu ... C'est donc utile à la cause.

Il faut combattre !!!

L'HUMANITE EST TOUJOURS GAGNANTE DU COMBAT

L'humanité est toujours gagnante du combat. S'il n'y avait que des fuyards, la déclaration des droits de l'homme et du citoyen n'aurait jamais existé, Toussaint Louverture et ses camarades ne se seraient jamais rebellés contre l'esclavage et les esclaves seraient toujours dans les champs de coton à travailler dix huit heures par jour sous la menace du coup de bâton, les nazis seraient toujours au pouvoir ....

Mais Henri Laborit a raison quand il écrit :
Laborit et son équipe du Laboratoire
d'Eutonologie (années 1980)
"Dans ce monde de la réalité, il est possible de jouer jusqu'au bord de la rupture avec le groupe dominant, et de fuir en établissant des relations avec d'autres groupes si nécessaire, et en gardant intacte sa gratification imaginaire, la seule qui soit essentielle et hors d'atteinte des groupes sociaux."
 Dans le combat, il faut parfois savoir fuir. Il est surtout important de ne pas perdre de vu que l'entreprise de discrédit organisée contre vous par le camp d'adverse n'est qu'une imposture basée sur des préjugés et des rumeurs.
Leurs attaques psychologiques ne doivent pas pouvoir atteindre l'individu sain. Pour ce faire, il peut être utile de se reculer, de fuir ce "milieu" pour reprendre ses esprits, retrouver la raison et donc être plus fort pour faire gagner les idées de justice et de liberté.

ANTIGONE, HÉROÏNE DES RÉSISTANTS DEPUIS 2455 ANS

Antigone, le personnage mythologique que Sophocle remis en scène en -441, à travers ses paroles, résume où se trouve la vérité.:


 «  je n’ai pas cru que tes édits pussent l’emporter sur les lois non écrites et immuables des dieux, puisque tu n’es qu’un mortel. Ce n’est point d’aujourd’hui, ni d’hier, qu’elles sont immuables ; mais elles sont éternellement puissantes, et nul ne sait depuis combien de temps elles sont nées. » (Antigonè Sophocle Wikisource)

Les gens de pouvoir et ceux qui y sont assujettis (comme mes collègues) se protègent en fonction de lois écrites dans une société injuste, inégalitaire et liberticide.
Et ils bafouent même régulièrement celles qui les dérangent : l'article 222-13 du code pénal aurait du être appliqué depuis déjà 6 ans.
Ils instrumentalisent des règles écrites pour protéger l'ordre établi.
Car ils pensent que la réalité se trouvent dans les règlements et textes administratifs inscrits dans ce cadre. Mais ces mêmes personnes ne pensent pas aux lois non écrites dont parle Antigone. Ces lois de l'éthique humaine qu'ils bafouent chaque jour. Ce que les juristes appellent "le droit naturel".
Car comme le dit Sophocle à la fin de son histoire, le malheur n'est pas celui que l'on croit être au premier abord, brouillé par nos préjugés ....
Ce n'est pas la mort d'Antigone qui est le plus triste, mais la bêtise et la méchanceté de ceux qui l'ont tuée.
« Dans le monde, de tous les malheurs attachés à l'homme, la bêtise est le plus grand » (Sophocle, Antigone)
La victoire c'est donc notre camp qui l'avons gagnée et non celui de l'administration, des syndicats et de mes collègues qui protègent ceux qui tapent les enfants.

mardi 31 mars 2015

Notre petit déjeuner français est issu de productions esclavagistes depuis le XVI° siècle


ENCORE UN ARTICLE CENSURE PAR L'OBS

Notre petit déjeuner français est issu de productions esclavagistes depuis le XVI° siècle

 
JE SUIS CENSURÉE SYSTÉMATIQUEMENT PAR LE NOUVEL OBS
(NETINO JEREMIE MANI)
DEPUIS PLUS D'UN MOIS
LE 14 DÉCEMBRE 2014


Par Julie Amadis
#IpEaVàEaFàF
le 17/01/15

"En 2015, l'Africain vit 32 ans de moins que le Français"





Tous les matins nous prenons un bon petit déjeuner, chocolat au lait, café avec du sucre...

Sans même nous demander d'où proviennent ces produits, nous les savourons.


LE CAFÉ LE CHOCOLAT SONT PRODUITS
PAR DES TRAVAILLEURS AFRICAINS
PAYES 37 EUROS /MOIS


Ce sont pourtant des travailleurs payés en moyenne 37 euros par mois, à peine de quoi survivre, qui ont récolté les fèves de cacao et de café que nous buvons avec bonheur le matin.


"Le revenu annuel moyen d’un ménage agricole représente 2 989$ contre 4 991$ pour un ménage d’un autre secteur. Un foyer agricole moyen est composé de 6.5 personnes, et de 5.6 personnes dans un foyer non-agricole"(source Organisation des Nations Unis).

Par un rapide calcul, on obtient le revenu consommable par personne : il est de 37 euros/mois (par adulte et ado et donc 19€/enfant) .
(Des familles familles paysannes de 3,9 adultes et ados et 2,6 enfants de moins de 15 ans comptent pour 5,2 parts en touchant 192€/mois/foyer)


CACAO, CAFÉ ET CODE NOIR DE LOUIS 14



Depuis le XVI° siècle, les Africains produisent ce cacao et ce café que nous buvons en France, en Angleterre et ailleurs.
La consommation de ces nouveaux produits est née en même temps qu'est apparu le commerce triangulaire.
« Apparue sous Louis XIV, la mode du « petit déjeuner à la française » (café au lait, ou cacao au sucre de canne) devint un phénomène universel dans toute l'Europe à partir de 1750. On abandonna subitement les tisanes sucrées au miel pour le nouveau petit déjeuner, et ce jusque dans les couches les plus profondes du peuple, même à la campagne » Économie servile et capitalisme : un bilan quantifiable Philippe Paraire in Le livrenoir du capitalisme

KIDNAPPER LES AFRICAINS DANS LEUR VILLAGE
POUR LES VENDRE A DES PLANTEURS EN AMÉRIQUE

Ces produits sont les produits de l'esclavage. Ce sont des esclaves africains qui cultivaient le café, le cacao, le sucre au XVI°, XVII° et XVIII° siècle. Kidnappés dans leur village, ils étaient ensuite emmenés de force aux Amériques pour y être vendus à un planteur .
 Leur espérance de vie n'était à l'époque que de une année au Brésil et de deux aux Antilles. (source: Le livre noir du capitalisme)

11 millions d'Africains ont été déportés de force vers ce continent inconnu, l'Amérique, pour y être vendu comme esclave.
"En clair, dix millions de déportés africains ont atteint le Nouveau Monde, en 1510 et 1860. Plus de deux millions périrent durant la traversée. Huit millions disparurent entre le lieu de leur capture en Afrique et les comptoirs côtiers où les survivants des razzias furent embarqués. On en arrive donc à un minimum de vingt millions de personnes prélevées sur la démographie africaine. A la grande époque de la traite, de 1650 à 1850, la déportation atteint 100000 Africains par an. Auparavant de 1500 à 1650, la cadence était moins élevée : de 15000 à 40000 personnes embarquées par an ; mais la période la plus terrible pour l'Afrique coïncide avec l'essor de la culture cotonnière aux États-Unis, entre 1800 et 1850 : jusqu'à 120000 personnes déplacées annuellement." p 31 Économie servile et capitalisme : un bilan quantifiable Philippe Paraire in Le Livre noir du Capitalisme
 Parqués dans des navires, les captifs étaient enchainés les uns à coté des autres dans la cale. Les conditions de vie étaient telles que 45 à 50 % d'entre eux mourraient avant l'arrivée au Nouveau Monde. (source chiffres : Olivier Pétré-Grenouilleau, Les Traites négrières, essai d'histoire globale).

Cette barbarie au delà du supportable, organisée et institutionnalisée par les États Européens entre le XVIème et le milieu du XIXème siècle, a décimé le continent africain de façon irrémédiable.
"Elle (la population africaine) représentait 30 % de l'ensemble des être humains. Le chiffre tombe à 20 % en 1800. La chute se poursuit jusqu'en 1900 date à laquelle 10 % de l'humanité vit en Afrique." (p 32 Économie servile et capitalisme : un bilan quantifiable Philippe Paraire in Le Livre noir du Capitalisme)

L'Europe a une dette énorme envers l'Afrique !
L'Afrique continent prospère avant la traite des Européens devient très pauvre au XIX° siècle. Philippe Paraire fait le bilan de ce "commerce triangulaire" :
"La relative prospérité due au décollage économique de l'Afrique occidentale (sensible dès le XIIème siècle) ne put survivre à de tels chocs. En 1800, le continent entier avait régressé d'un millénaire." (Économie Servile et capitalisme, p 32)
 Pendant ce même temps l'Europe et l'Amérique s'enrichissent.
"A la fin du XVIIIème siècle, alors que la population servile aux Etats-Unis était numériquement égale à celle des immigrants blancs, elle produisait 80 % du produit national brut de la colonie américaine. On voit donc qu'elle a ainsi contribué à la richesse collective (puisqu'elle n'en touchait aucun bénéfice) d'une manière si écrasante que lorsqu'elle atteignit, vers 1800, les deux tiers de la population générale, les Blancs américains avaient pratiquement abandonné tout rôle productif pour se limiter aux tâches très rémunératrices du commerce vers l'Europe." (Economie Servile et capitalisme p 34)
Transformer les Africains en esclaves pendant plusieurs siècles n'a pas suffi à l’ignominie des classes possédantes en Europe. A peine les lois interdisant l'esclavage furent-elles promulguées que ces mêmes pays se lancèrent à la course aux colonies. L'objectif est de continuer à exploiter l'Africain pour s'enrichir encore et toujours ...

COLONISATION DE L'AFRIQUE : LE MOT "ESCLAVE"
EST REMPLACE PAR "TRAVAILLEUR"


Les esclaves n'ont plus de maîtres depuis 1848 en France, 1865 aux États Unis, 1833 au Royaume Uni.
Mais les profits réalisés sur leur dos doivent continuer coûte que coûte...


Zone en bleu : les
possessions françaises
Alors il suffit de remplacer le mot "esclave" par "salarié" ou "travailleur".

La vie de ces nouveaux esclaves n'est pas fondamentalement différente de celle des esclaves en Amérique. D'une part,  la maigre pitance que leur remet le colon ne leur permet pas de survivre, de l'autre le travail forcé va être mis en place dès le début de la colonisation.
"Pour faire marcher la machine économique, ils créèrent un esclavage nouveau, sous la forme du travail forcé : "De quelque nom que l'on masque le travail forcé on ne peut pas faire que ce ne soit en fait et droit l'esclavage rétabli et encouragé"" par Bwemea-Bongn et citation de Elizia M'Bokolo Quand l'Africain était l'or noir de l'Europe p 74


OBLIGATION DE CULTIVER LES PRODUITS CONSOMMES PAR LES EUROPÉENS
COMME LE CACAO LE CAFÉ ET LE SUCRE

De plus, il n'était pas question pour les colonisés de cultiver ce qu'ils voulaient. Les puissances coloniales les ont obligées à faire pousser les produits qu'aimaient consommer les Européens ! Le café, le sucre, le cacao sont ainsi devenus les nouvelles cultures de l'Afrique.


"Les puissances coloniales ont établi un système dont le but était de fournir des produits
tropicaux pour la consommation en métropole (coton, café, cacao, thé, sucre,épices, jute, caoutchouc, etc.). Tous les efforts étaient tournés vers l’augmentation de la production de ces denrées, au détriment de la production vivrière qui ne bénéficiait d’aucun soutien. Cela a entraîné une forte dépendance des producteurs (et des pays après l’indépendance) envers un nombre très limité de produits dont les marchés avaient un potentiel de croissance limité et qui étaient sous le contrôle de compagnies basées dans les anciennes métropoles. De plus, ce système ne laissait pratiquement aucune place à la transformation locale des produits, une activité qui aurait pu créer des emplois et jeter les bases d’une industrialisation de ce qui était alors des colonies" ("(Materne Maetz, économiste agricole))
 Les paysans sont complètement dépossédés de leur culture.
 "Malgré la grande pénurie des moyens mis à la disposition des colonies, la Métropole prélève, bon an, mal an, des tonnages importants de café, cacao, coton, arachide, etc, sans que le cultivateur reçoive une compensation équitable de l'effort supplémentaire fourni : les sommes reçues par la vente du produit sont souvent dans leur totalité consacrées au paiement de l’impôt." Maîtrise de l'espace agraire et développement en Afrique tropicale  de Rocheteau Guy

  L’INDÉPENDANCE: LES NOUVEAUX ESCLAVES
N'ONT PLUS DE MAÎTRE.
A LA PLACE, ILS ONT UN PATRON COMME BOLLORÉ

 Contrairement à ce qui se dit dans les manuels d'histoire, De Gaulle n'a pas accordé une réelle indépendance aux pays Africains dans les années 60.

"OCTROYER DÉCLARATIVEMENT L’INDÉPENDANCE AUX COLONIES,
TOUT EN GARDANT LA HAUTE MAIN
SUR TOUT L'EMPIRE : LE NÉOCOLONIALISME"(Bwemba-Bong)

L'indépendance est une indépendance de façade et de duperie.

De Gaule s'est trouvé obligé sous la pression populaire de l'accorder. Il voulait éviter que l’échec de la France en Algérie ne se reproduise en Afrique Subsaharienne.
"Mais, malgré la volonté de la France de doter la Communauté d'une armature colonialiste plus renforcée, celle-ci n'aura qu'une courte existence de deux ans, Paris ayant changé de stratégie : face à la revendication de l'indépendance posée par le Cameroun, et soucieuse d'éviter l'embourbement de type algérien en Afrique Noire, la France choisit la ruse articulée autour d'une donne nouvelle : octroyer déclarativement l'indépendance aux colonies, tout en gardant la haute main sur tout l'Empire : le néocolonialisme." (Quand l'africain était l'or noir de l'Europe: Faits et témoignages Par Bwemba-Bong p 137)

  NÉOCOLONIALISMEPAR L'ASSASSINAT SYSTÉMATIQUE DES LEADERS :
  APRÈS LUMUMBA en 1961
SYLVANUS OLYMPIO en 1963

Les leaders indépendantistes sont assassinés par la France. Et celle ci va placer à la tête des états de ses anciennes colonies des hommes qui ont combattu l'indépendance de leur pays ! De cette manière, le Président français peut s'assurer la perpétuation du colonialisme et préserver le pillage du continent africain !


"« J'ai desserré les liens avant qu'ils ne se rompent » »
Effectivement, le Général de GAULLE avait desserré les liens avant qu'ils ne se rompent. Il avait réussi par la terreur sur la Guinée, et l'assassinat des vrais combattants africains de l'Indépendance, à placer à la tète de la quasi-totalité des « Etats » d'Afrique Noire à l'heure des fausses indépendances, des personnages dont la particularité était d'être marqués du sceau de la souplesse d'échine, et de s'être, de ce fait, farouchement opposés à l'indépendance de l'Afrique Subsaharienne, mais qui, pour les besoins du néocolonialisme, étaient travestis, en « grands timoniers », « héros nationaux », « pères de la Nation »." (Quand l'africain était l'or noir de l'Europe: Faits et témoignages Par Bwemba-Bong p 137)
 Cheikh Anta Diop, historien sénégalais considère la France comme le pire État colonialiste d'Europe
 « De toutes les puissances européennes qui dominent l'Afrique, la France est l'une des
Cheikh Anta Diop
grand historien sénagalais
plus colonialistes - sinon la plus colonialiste." Les fondements économiques et culturels d'un Etat fédéral d'Afrique noir, ed Présence Africaine, 1974, Cheikh Anta Diop

 LA VIE DU TRAVAILLEUR DE LA TERRE EST ENCORE PLUS DIFFICILE QU'AVANT L'"INDÉPENDANCE"

 Pour les travailleurs de la terre, l'indépendance n'a strictement rien changé pour eux. Ils ont continué à travailler pour les mêmes patrons. Materne Maetz, économiste agricole écrit à ce propos :
"Au moment de l’indépendance, ces terres n’ont dans leur majorité pas été restituées à leurs propriétaires ou utilisateurs antérieurs. Beaucoup restèrent aux mains de ceux qui les avaient prises pendant la période coloniale; d’autres donnèrent naissance à des grandes propriétés privées appartenant aux élites locales;"(Materne Maetz, économiste agricole)
Sous la direction de la formoisie compradore locale, la France garde la main sur les exploitations agricoles de tous les anciens pays colonisés. De nouveaux gros patrons Français comme Bolloré détiennent des parts importantes en Afrique.
"Il (Vincent Bolloré) transporte, selon les estimations, entre 20 et 30% des exportations de cacao, de café, d'huile de palme, de coton du continent. Son maillage est des plus serrés dans toute l'Afrique de l'Ouest, en particulier en Côte d'Ivoire, au Cameroun, au Congo, au Gabon." (source Médiapart le Journal, Martine Orange)

Pour payer les producteurs de café, cacao ou sucre à des salaires très très bas et pour engendrer le maximum de bénéfice, Vincent Bolloré corrompt les gouvernements africains. La France travaille pour ces patrons esclavagistes et agit en fonction de leurs intérêts économiques.
"Enfin, Vincent Bolloré sait l'intérêt que portent les gouvernements successifs à l'Afrique, plus souvent d'ailleurs au niveau de l'Elysée et du ministère de l'intérieur que du Quai d'Orsay. Et il ne manque pas de les tenir informés, voire un peu plus, de ses différents projets. Par courtoisie, sans aucun doute. Car l'homme d'affaires le répète fréquemment : il «n'a aucune relation d'affaires avec l'Etat français » (source Médiapart le Journal, Martine Orange)

Ce lien très étroit entre la Franceàfric et l'exploitation à outrance des petits producteurs se vérifie plus particulièrement concernant le cacao.

Pour le cacao,  les premiers pays producteur sont tous des anciennes colonies françaises  (sauf le Nigéria) :  la Côte d'Ivoire (1er pays producteur 34,5 % de la production mondiale) , le Ghana (18,1 % de la production) , le Nigeria (12 %), le Cameroun (4,1%), le Togo (1,8 %).
Des pays qui n'ont aucune indépendance par rapport à la France. La France décide qui sera au pouvoir et quel devra être l'orientation politique - une orientation en faveur des intérêts des patrons français bien évidemment.

DES INÉGALITÉS ENTRE PAYS PAUVRES ET PAYS RICHES
QUI N'ONT CESSE DE CROITRE EN 2 SIÈCLES

Les plus riches sont actuellement 50 fois plus riches que les plus pauvres alors qu'ils n'étaient que 11 fois plus riches il y a 1 siècle.


"Tout est bouleversé avec la révolution industrielle qui creuse brutalement un écart entre les nations. En 1870, le revenu par tête des nations les plus riches est déjà 11 fois plus élevé que le revenu par tête des nations les plus pauvres. En 1995, ce chiffre est multiplié par 5 : Les plus riches sont 50 fois plus riches que les plus pauvres. Le phénomène inégalitaire entre nations est donc « récent » et se trouve être le produit des deux derniers siècles4." (wikipédia inégalités de revenus)"

"22 fois supérieur aux ressources des habitants des pays les moins développés" (Banque mondiale)
Des travailleurs payés 22 fois moins qu'un travailleur occidental !

Un Africain habitant dans un pays sous occupation militaire française gagne 22 fois moins qu'un Français !


"Le Pib par habitant [1] des pays de l’OCDE (30 335 dollars par an) est trois fois plus élevé que la moyenne mondiale (10 103 dollars) et 22 fois supérieur aux ressources des habitants des pays les moins développés (1 356 dollars), selon les données 2011 en parité de pouvoir d’achat [2] de la Banque mondiale. La France, avec 29 819 dollars, se situe à un niveau trois fois supérieur à la moyenne mondiale."(source : observatoire des inégalités)

L’écart de richesse entre un manœuvre américain libre était - il si important ?
Des recherches historiques sur cette question seraient très intéressantes.

EN 2015, L 'AFRICAIN VIT 32 ANS DE MOINS QUE LE FRANÇAIS

L' espérance de vie d'un agriculteur africain est 20 fois plus courte qu'un travailleur en occident.
"Selon ce ‘Rapport mondial sur le développement humain 2006’, qui évalue l’indice de développement humain dans 160 des 177 pays ou territoires membres des Nations unies, « dans les 31 pays en bas de la liste, dont 28 sont situés en Afrique sub-saharienne, une personne peut espérer vivre en moyenne 46 ans, soit 32 ans de moins que dans les pays à indice de développement humain élevé, avec [jusqu’à] 20 ans d’espérance de vie effacés par le VIH/SIDA. »" (source : osibouaké.org)

A titre d'exemple si l'on compare l’espérance de vie d'un Français à celui d'un Ivoirien dont le pays est occupé par la France depuis 1896, il y a 33 années d'écart !
Elle est de 83 ans pour un français, 50 ans en Cote d'Ivoire (premier producteur de cacao) (source : la banque mondiale)


Peu de chose ont fondamentalement changé depuis le XVI° siècle.
"Les hommes sont libres et égaux en droits" peut on lire sur la déclaration universelle des droits de l'homme.
Mais en Afrique, la liberté de l'homme veut dire travailler sans relâche, se nourrir très peu, crever de fatigue, de faim ou de maladie à 40 ans et voir ses enfants mourir.

La lecture de cet article vous a peut être bloqué l'envie de finir votre petit déjeuner... Finissez-le quand même il faut des forces pour changer le monde. Et tous les humains doivent empêcher la barbarie de se perpétuer et faire gagner l'humanocratie !




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